Tu parlais peu

image Tu assénais quelques mots, toujours les mêmes, les plus faciles, ceux qui tu avais reçus comme un guide éducatif. Fais pas ci, fais pas ça. Des mots droits et tendus que toi, le père, jugeais importants. Tu me les disais, redisais, hurlait. Une rabâche qui masquait l’essentiel : les mots qui savaient soulager, toi, moi, nous. Dans les soupirs, tu aurais pu les glisser, les faire descendre jusqu’à nous. Tu aurais pu nous apaiser. Mais voilà, tu parlais peu.

Toi, le rural, bien installé sur tes épaules carrées reposait le poids de tes mots sourds. Tu les évitais avec tourment lorsqu’ils roulaient jusqu’à ta bouche et allumaient tes yeux d’un rouge de honte. Ils te rongeaient de l’intérieur, jouant à faire des nœuds dans ton ventre. Les mots sont vils quand ils sont tus. Ils torturent bien plus que les colères libératrices. Les tiennes surfaites n’étaient que de simples ponctuations exacerbées reçues en héritage. Jamais, tu ne les auras sortis. Mais voilà, tu parlais peu.

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13 commentaires:

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  2. Ils te rongeaient de l’intérieur

    oui tout est là dans les mots pur acide qui dissolvent tout jusqu'au corps, jusqu'à la pensée nue
    j'aime vraiment beaucoup ce texte

    (commentaire réécrit sans faute ;)

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  3. http://www.youtube.com/watch?v=axIvcOTLp4k&feature=fvst

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  4. Les mots, un embarras pour ceux qu'ils mettent à mal. Le silence comme un refuge mais l'aveu une impuissance.

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  5. Mu > Et oui, et plus le temps passe plus tout ça macère et ne peut plus être dit sans maux. Merci

    Philippe > Ah mon vieux là c'est fort à propos !

    Kouki > Je sais pas s'il punit mais en tout cas, il crée le manque.

    Zoé > Une impuissance à dire, à cause d'une pudeur malsaine. oui.

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  6. Des mots très bien choisis pour exprimer que le rien(sans paroles) pèse lourd.

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  7. Ce père taiseux... vous en parlez beaucoup et plutôt bien... et en bien! Lorsque j'entends des pères bavards, j'ai comme un doute. Le mien ne demandait qu'à parler mais nous n'étions pas, comment dire, dans le même temps. Cela dit, entre un père muet mais dont vous devinez le silence... Et puis vous êtes - enfin - arrivé à le faire parler ici! C'est ce que je retiens!

    (Etrange, comme j'étais persuadé avoir laissé un commentaire ici! Ah les pères, quand ils nous tiennent!;)

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  8. L'ourse > Merci. Bises :)

    aléna > Voilà c'est ça, des mots gloutons...

    Cat > Et oui, tu as l'habitude. C'est récurrent ici. :)

    depluloin > Oui, à ne pas savoir finalement si le fait de se taire était mieux ou pas. 'fin, j'me comprends. (hum... un commentaire broyé dans le grand vortex, à moins que vous l'ayez égaré avec les chaussettes orphelines de la lessive précédente !)

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  9. hop oublié L.................Uc > oui, un peu lourdeau le paternel, ce qu'il y a d'emmerdant avec les taiseux c'est qu'on sait jamais ce qu'il pense vraiment. On suppute !

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