Vers l’alcôve

image Ma mobylette rouge et mon casque au bol, je file vers le village voisin, longue montée pénible vers le col, le variateur qui souffre, trente à l’heure maxi puis descente vers elle sans freiner, sensation du motard virile qui penche dans les virages, vitesse record de soixante-dix à l’heure. Je suis pressé. La dernière courbe, juste devant sa maison, et je pénètre son territoire. Pas question de m’arrêter là, ses parents ne doivent pas me voir. J’accélère. La grande route, puis à gauche, je serre et arrive sur la grande place. Large terrain vague de terre jaune qui accueille les manifestations du bourg, fêtes et autres parties de pétanques géantes.

Personne ce jour là sur la place mais je sais où la trouver. La mobylette dévale libérant sous ses pneus crantés un sillon de fumée ocre. Mon palpitant et ma bécane s’emballent. Mes yeux pleurent sous la vitesse. En contre-bas, un bâtiment carré au petit toit de tuile rouge, je ne sais plus vraiment aujourd’hui ce qu’il abritait, un ancien bain-douche peut-être ou bien un local électrique, peu importe. Ce qui est clair dans mon esprit c’est sa face arrière encaissée dans une bordure touffue de troènes. On s’y fraye un chemin entre deux arbustes à la végétation prise dans les murs. Elle est derrière à attendre, à l’abri des regards. Je l’espère.

Je contourne l’appentis et jette ma mobylette contre un mur. Si elle est là, elle a entendu le raffut du pot de détente. J’enlève mon casque, me sèche les yeux et arrange ma coiffure. Alors que je ressens encore les vibrations de ma machine dans les mains, je m’avance vers la haie envahissante et le second troène se met à trembler. C’est le signal. Elle est là. Je me glisse entre deux branches et la rejoins dans notre planque, une alcôve verte rien que pour nous deux.

illustration

20 commentaires:

  1. Wouaaahhhh ! J'adore, on y voit pour de bon là !!

    RépondreSupprimer
  2. héhé ! Fidèle Kouki ! Mais tu vois quoi pour de bon ? :)

    RépondreSupprimer
  3. "Cabane!" comme disent les loulous quand ils jouent au loup et qu'ils sont à l'abri de tout derrière des murs invisibles!
    Mais je crois comprendre que la cabane dont tu parles était bien réelle et ce qui s'y passait aussi...
    Bon week-end!

    RépondreSupprimer
  4. Merci Epamin'. Bien sûr qu'elle est réelle... Bon we à toi aussi. :)

    RépondreSupprimer
  5. je vois l'odeur du vent froid dans tes cheveux même !

    RépondreSupprimer
  6. J'ai eu un amoureux à mobylette et des trous de verdure pour cachette. Merci de me les restituer.

    RépondreSupprimer
  7. y
    a
    comme
    un
    brOl
    qui
    me
    rappelle
    ma
    jeunesse
    -O)

    RépondreSupprimer
  8. Kouki > :)

    Zoé > de rien, fais en bon usage :)

    Mr M > un brOl ou un schmeugeul ? ;)

    RépondreSupprimer
  9. Oui mais alors c'est comme ans ces films de cape et d'épées... Ça se termine bien, Jean Marais fait semblant d'embrasser la princesse et paf! c'est la Fin. On sait jamais ce qu'ils font ensuite!! ...

    RépondreSupprimer
  10. Depluloin > ben comme d'hab, ils firent semblant d'être heureux et eurent beaucoup de mioches criards :)

    RépondreSupprimer
  11. Le palpitant qui s'emballe, les yeux qui pleurent, les vibrations de la machine encore dans les mains, le troène qui tremble ; étrangement tactile, que ce texte...

    RépondreSupprimer
  12. Ce texte me rappelle 'la motocyclette' d'André Pieyre de Mandiargues, un texte fondateur qui m'a déjà amené par le passé à faire rimer mobylette et grosses chaussettes. Quant au troène qui tremble, c'est une bonne chose - ça nous change des saules qui font rien qu'à pleurer et des peupliers tout mouillés d'Alain Souchon

    RépondreSupprimer
  13. Zut, "La Motocyclette" est déjà prise… Bon, bien… Il reste les vibrations de la machine dans les mains, mais à mon âge, ce sont celles de la débroussailleuse.

    RépondreSupprimer
  14. on sent l'attente jusque dans la pointe des cheveux... :)

    RépondreSupprimer
  15. co errante > A moins que ce ne soit le palpitant qui tremble, les yeux qui s'emballent, le troène qui pleure : tactile et interchangeable :)

    Fernand Chocapic > mobylette et grosses chaussettes, ha ha ! vais chercher le texte dont vous parlez tiens ! merci.

    Le coucou > tant que tes mains ne vibrent pas toutes seules hein... :)

    Mu Lm > parce que je le vaux bien :) merci.

    RépondreSupprimer
  16. Joli. La poussière et la cabine comme deux points d'une ellipse, et au centre l'alcôve.
    Sinon, j'aime beaucoup le premier paragraphe tout en mouvements et en regards balancés à gauche et à droite. Difficile de rendre le mouvement. Là, ça roule, si j' puis dire.

    RépondreSupprimer
  17. Ta présence a manqué pour les Vases Communicants mais tu avais une bonne excuse ; ça valait le coup d'attendre.

    RépondreSupprimer
  18. Francesco > Merci. J'aurai ajouté la mobylette à l'ellipse mais ç'aurait fait trois points ^^

    Christophe > Merci m'sieu :)

    RépondreSupprimer
  19. ah oui Luc pis l'était belle ma Riddine :)

    RépondreSupprimer