Ballade

image Se balader en campagne, le week-end, avec elle et ses amies. Un copain et moi traînons la savate quelques dizaines de mètres en arrière, manquant avec nos petites jambes un pas sur trois des mamans aux pieds lestes et au bavardage continu. Dans les chemins escarpés qui grimpent la colline, les perdre de vue derrière un tournant et déclencher un cri aigu de ralliement pour nous rameuter. En écho dans la vallée, écouter réjouis le cri se démultiplier en graves sommations. Et faussement haletants, courir en riant pour rejoindre le groupe.

Après le sermon, aussi sages que possible, tenir la marche en grandes enjambées, nous caler avec peine sur leurs pas. Peu à peu, perdre encore la distance et les voir s’éloigner jacassant sur le chemin serpentin. Disparues à nouveau derrière une courbe, se cacher dans le fossé, rires étouffés dans l’herbe et attendre l’appel des mamans. Serrés l’un contre l’autre, échanger notre espièglerie tout en retenant notre souffle. Et le silence, trop long silence simplement interrompu par le pépiement des oiseaux. Nos visages qui se plissent, nos doigts qui roulent le bas des pantalons tâchés de vert par l’herbe humide. Attendre mais en avoir marre d’attendre. Aucun retour, aucun bruit, aucun pas bavard ne revient sur les nôtres. La blague ne marche pas, elles, oui. Elles continuent leur chemin sans nous prêter attention.

Alors, sortir du fossé et de la mauvaise plaisanterie, le rire éteint, la trouille sur le jour qui baisse et courir loin devant.

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