Sincèrement

image Je collectionne les offres, toutes semblables, rédigées en creux pour des travaux besogneux. Le même logo rond au fronton, numérotation sans fin, six chiffres plus une lettre, rien qui ne les différencie vraiment si ce n’est ce compteur qui gonfle. Cinq cents, mille, peu importe, je leur oppose les mêmes réponses dans une prose pauvre, un argumentaire social de vente, je vends de l’intellect, du savoir-faire, des compétences. Bouteille à l’amer, je rédige, copie, colle, ajuste, trompe un peu pour me glisser entre les autres, pour provoquer la chance, faire sortir ma copie du lot. Un contingent de mêmes lettres, curriculum vitae taillés dans la forme du moment, dictat des grands prêtres de la recherche d’emploi. Formules bateaux jetées dans une boîte email au nom anonyme – contact@worldcompany.fr, info@telcomgroup.com, recrutement.jobs@bestentreprise.net - qui flottent, se font spammer ou s’égarent dans des libellés imprécis.

Et parfois - Ô miracle des robots « no reply » - des réponses surgissent, alliant politesse et rejet sans raison. On y lit pourtant de l’intérêt, voire de la sensibilité pour votre candidature qui, dans la première phrase, on le croirait, à provoquer de l’émotion à son destinataire. Puis on vous remercie – mais, de rien - on vous assure que l’on a porté toute son attention – sans blague - à votre dossier mais que sincèrement, bien que ce dernier comporte de nombreux points positifs, on ne peut vraiment pas lui donner de suite positive. Le robot n’est pas avare d’adverbe de « vraiment », de « sincèrement ». D’ailleurs, vraiment, sincèrement, on conclut en vous souhaitant une pleine réussite dans votre recherche. Il est vrai que tant qu’à réussir autant que ça soit pleinement, non vraiment. Sincères salutations.

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