Jamais su si t’étais vraie

image Des cris étouffés en toile de fond, des rires en acouphènes qui parcourent les corps, ensorcellent les rêves, coupent du monde. La nuit revêt ses plus beaux apparats et se ment pour offrir en partage un pays d'artifices. Un ailleurs cerclé de lumières, un parc à humains, petits hommes, petites femmes. Les yeux aux mille couleurs, du fard pour les années sombres à venir, et les joues salivées de senteurs fabriquées, du sucre vanillé au rouge des pommes d’amour.

Et toi, au milieu, jamais su si t’étais vraie.

Au volant, tes cheveux à l’odeur inconnue tracent la nuit, la vitesse au visage, tes mèches folles et tes yeux qui fuient en perles d’eau. Tu tournes sur la piste, plaques noires de fer agglomérées qui forment tes routes factices, de celles sans but, qui tournent en rond et qui t’agitent. Tu files électrique, ta silhouette dans mon sillage et ta flamme sur la perche qui crépite. Moi, je veux te croire, sur le parquet fais la grue, te matte à mort, accroché à tes contours chromatiques. Mais d’autres rôdent autour, chauffards zélés perchés sur les banquettes, pieds à bloc sur la pédale, ils frôlent tes caoutchoucs, te tamponnent en s’excusant d’un clin d’œil aguicheur.

Et moi, figé, regard volé, transparent de toi, jamais su si t’étais vraie.

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10 commentaires:

  1. j'adore. Tout net. "transparent de toi, jamais su si t'étais vraie" et aussi "du fard pour les années sombres" et aussi le rythme et et et ...

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  2. kouki > et et et... Tu crois qu'elle était vraie ? :)

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  3. Elle nous fait tourner la tête...
    Magnifiquement écrit, magique et tellement sensitif.
    Mon préféré.

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  4. Patrick Verroust

    Un décor se plante, celui d'une fête foraine.La joie qui s'en dégage, l'ambiance artificielle sont plantées en quelques mots, bien placés. Les rires, parcourent les corps, ensorcellent les rêves,coupent du monde.La poétique des mots cachent une description sans illusion ni concession.Un parc à humains, petits hommes, petites femmes, en parade, éphémères lucioles, sans illusion sur leurs destinées. C'est pourquoi même si « la nuit se ment » emmène « au pays d'artifices » on goute l'érotisme et la sensualité de pacotille ,du fard , les senteurs fabriquées, les pommes d'amour rouge, symbole paroxystique.Si la foire coupent du monde, rien n'interdit de rêver de décrocher la médaille d'or, la timbale ou un pompon bien pomponné.
    Malgré cette lucidité cruelle, dans les feux d'artifices, les étincelles, les lumières qui vibrionnent, un court circuit peut surgir , un éclair de désir, un coup de foudre ,coup de tonnerre dans le concert des couleurs.L'apostrophe surgit « et toi, au milieu, j'ai jamais su, si t'étais vraie » . Christophe Sanchez
    fait virevolter devant nos yeux étonnés, éblouis, attendris, un surprenant attelage, une machine anthropomorphe, une femme, auto-scooter, une auto-scooter femme, un être thériantropique, bionique. De la femme ,seuls les cheveux, à l'odeur inconnue,les mèches folles, les yeux de perles d'eau sont perçus. Le regard hypnotisé du narrateur voit les roues factices, qui tournent en rond sans but. Un désir flamboie, un coup de sang, une course poursuite, un jeu ,pantomime d'une poursuite amoureuse s'engage, « Tu files, électrique » (joli jeu sur les mots ), ta flamme sur la perche crépite.
    Lui veut « te croire » ,espère que la conductrice est bien réelle, qu'elle a sentie le courant passer entre eux. Mais d'autres mâles, rodent,plus audacieux ou plus dans le jeu , frôleurs, palpeurs ,aguicheurs. Le gars,regard volé , invisible , na' jamais su si elle était vraie, En fait, il sait très bien qu'il vit un mirage, mais le propre des amours adolescents est d'être élue par un mirage magnifié..
    Ce texte est teinté d'une ironie douce amère, d'un brin de nostalgie et de beaucoup d'humour.
    Curieusement, le texte est travaillé plus avec couleurs, »chromatiques » les lumières, les bruits de la foire qui en sont indissociables , sont absents. J'ai vécu , comme beaucoup , ce genre d'illusion. Je me souviens d'avoir été attiré par une de ces comètes, je la cherchais jour après jour, dans les différents manèges. Le mien ne lui avait pas échappée, A force d'arriver de plus en plus tôt, j'ai découvert qu'elle était fille de forain chargée de « mettre le feu » pour écrire à la mode « djeuns ».
    Ce texte m'a amusé, je ne m'en suis, à l'évidence pas tamponné.

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  5. Patrick > Oui, que des couleurs Patrick, le reste, le bruit, la lumière comme effacés, plus que le crépitement de la perche. Merci, encore une fois je vois bien que vous vous en tamponnez point ! ;)

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  6. Cat > Son manège à elle, c'était moi ! :) Merci.

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  7. j'aime beaucoup, tres visuel
    et cet afflux de couleurs saturées de la fête qui semblent irréel

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  8. irréelle(s)
    la fête les couleurs ou elle ? ;)

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  9. Ouaouh quel beau texte. Choc des premiers amours sur la piste de métal. Il n'y a pas que le manège enchanté dans nos têtes, il y a aussi les autotamponneuses.

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  10. Murièle > Trop de couleurs pour être réel(le) :) Merci.

    Gilles > oui hein qui l'eut cru ! Merci.

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