La voix

La voix du dimanche Du dimanche matin, quand je reste seul encore à dormir, l’entendre qui me réveille s’élever du rez-de-chaussée, de la rue même peut-être, de l’autre bout de la ville va savoir. Elle est chargée de testostérones, rauque et puissante, enjouée du jour aussi. Ne pas comprendre ce qui se dit, ce qui se hurle dans ces beuglements d’adulte, l’accent qui chante en notes herculéennes, mais reconnaître entre mille, qui le dit, qui le hurle sans le vouloir. Voix mal maîtrisée qui porte haut et ne connaît pas la sourdine. Voix qui, si l’on s’en tient à son volume, semble gronder au ciel, éclatement de l’air, tonnerre des dieux en couverture ronflante à toute autre parole qui s’étouffe en filet doux, qui s’oublie, qui se tait. Derrière mes yeux mi-clos, reconnaître le personnage altier, tout aussi robuste que son bagout est fort, l’armoire sur pattes, des épaules en poutrelles, la tête aux joues de veau, le cheveu gras clairsemé, le costume bleu dominical taillé sur-mesure. Et s’apaiser sur le sourire large qui écarte sa bouche criarde, la bonhomie qui s’en échappe, le phrasé qui s’emballe, les tapes dans le dos qui accompagnent la ponctuation, la légèreté insoupçonnée de ses bras cuissots qui enlacent et le bonheur qui se dégage de ses vocalises de ténor. Se lever enfin pour le voir, pour l’entendre gâter mes oreilles de soleil et embrasser le jour.

Illustration

9 commentaires:

  1. Cette tendresse sans complaisance est, chaque fois, une exquise esquisse.

    RépondreSupprimer
  2. j'aime beaucoup, ça donne envie de la journée ça. T'es magique ?

    RépondreSupprimer
  3. dedalus > oh ben c'est qu'elle vraie voilà tout. Merci!

    Kouki > magique ? moi, non ! Mais la voix oui, j'ai cru l'entendre ce matin donc voilà :)

    RépondreSupprimer
  4. la voix de son maitre ou la voie du guerrier ( bushido )

    RépondreSupprimer
  5. « La voix, mi texte » mi poème charnel, au sens où l'esprit qui l'anime se fait chair ,est une ode pour une voix , la voix tutélaire, la voix du père, du frère, la voix lumineuse,chasseuse de ténèbres, des ombres , des lumières noires . Cette voix est un phare qui colore le lever,qui appelle, réveille, englobe dans sa tessiture le dormeur qui la guette. Placée dans le nez, sortie loin devant , elle précède le personnage, énorme, herculéen , le symbole vivant d'une protection magique. Le chant d'amour qu'est ce poème chante le bonheur donné, à jamais donné, cadeau pour la vie. Il magnifie l'homme et sa voix , il fait entendre l'énorme joie qui se dégage en puissance et roucoulement,en débordement d'affection mais en même temps, il démystifie l'homme à la voix, en fait en quelques esquisses lumineuses , un être ordinaire. Il en devient universel. Il devient la voix et le corps, protecteurs, que chacun rêve de rencontrer quand la vie se fait nuit..Il est le père, le frère, l'ami, le guide, le meneur , l'être unique qui donnerait sa vie,qui entraine à faire ce qui doit être fait. « Gâter mes oreilles », « embrasser le soleil » renouvellent le dire d'amour et de joie. Sans fausse modestie, j'ai été à ma manière, moins chaleureuse, plus discrète,une voix et une main dotées des mêmes vertus. Une voix ,une main , rassurante pour les humains et pour les bêtes,aussi.Il arrive,parfois,qu'elle serve encore un peu ; Une voix se casse quand elle est trahie. On ne peut pas être et avoir tété !

    RépondreSupprimer
  6. j'avais oublié ce que j'avais écrit dans le comm. boulotté par Blogger. En lisant j'ai retrouvé : ça donne envie de la journée ton texte. Envie de quand on se lève et se réjouit d'aller vivre.

    RépondreSupprimer
  7. Patrick > Encore une fois bien vu, quelque chose du manque aussi de cette voix qui n'est certainement pas suffisamment lisible là. Merci.

    Kouki > Oh j'aime bien le "se réjouit d'aller vivre." tu l'avais pas dit la première fois. Mais tu avais parlé de magique, pas moi qui suis magique mais bien cette voix lourde et légère à la fois, une voix trop en souvenir sûrement aussi.

    RépondreSupprimer
  8. Je n'ai pas eu de voix comme celle-là. Mais j'imagine. SNAKE

    RépondreSupprimer
  9. J'en ai connu de pareils. Peindre l'être dans sa voix, c'est un morceau de bravoure. Réussi !

    RépondreSupprimer