Les mousseuses

Les mousseuses A vouloir tous les attraper, les happer dans leur gorge, elles en font trop, les mousseuses. Ecume aux bords des lèvres, peinture écarlate sur visages hauts, elles empourprent leur entourage, déshabillent leurs proies de regards appuyés. Flanquées sur des aiguilles trop fines, démarches félines à absorber tout chacal, elles pétillent au champagne leurs sens mal ordonnés, neige chaude comme alcôve promise.
Emoustillement à l’abordage, canailles surfaites sur jupes trop courtes, le fard aux yeux aveugle le friand de plastique, réveille le pleure-misère et affole l’infidèle. Elles lacent et délacent des jambes infinies, des vagues de courbettes aux sourires entichés de désir. Formes sculptées de papiers glacés, copiées collées d’atolls préfabriqués, tout leur corps porte en amulettes le ballant de leurs amours contrariées.
Et quand on souffle, quand on cherche à voir sous le rimmel, des bulles d’air sifflent puis éclatent. Pas même une douceur qui éclabousse dans le rouleau. Elles glissent entre sac et ressac avec des coupures à vif que le sel ranime, des blessures englouties que les algues ramènent. Les mousseuses, elles sont trop légères pour penser la terre. Sous couvert de leur attraction fatale, elles ont peur, une peur d’être sous le paraître. Alors, dès qu’éclate la bulle, que la mousse se fait liquide, qu’elle se transforme en passoire à émotions, elles filent d’hystérie, eaux ruisselantes, s'enrôlent vers d’autres rivages à écumer. Seules.

11 commentaires:

  1. Tiens, tu sais écrire des poèmes, donc ?

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  2. Mince, comme il claque ce texte !

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  3. Anna > ah ben si poème tu vois, c'est à l'insu de mon plein gré...

    Kouki > Oh pétard, pas trop fort j'espère ! (merci)

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  4. Alors ça, c'est envoyé!! Oh punaise!! ... Je l'apprends par cœur! ... alors ça! Oh que ça va faire mal!! ... (Heureusement elles ne sont pas toutes comme ça. Voyons... Kouki... madame de Sandre... Oui, Pas toutes.

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  6. Il arrive que par la grâce d'une écriture fluide, enjouée, gaie, file un poème tissé de tendresse, de sensualité factice,d' un érotisme kitsch, une tragi-comédie, vraie scène de la vie. Il faut savoir aimer l'humain en ses dérisoires apparences, il faut un regard empli d'humour et de tendresse pour décrire avec une légèreté si tendre et amusée la destinée futile et désespérée des cagolles . Il faut être poète, énormément pour écrire un si joli conte cruel,savoir en un clin d’œil ,dans un habile retournement , prendre le parti de ces caricatures creuses de femmes fatales, Les images d’Épinal des starlettes de pacotille qu'on ne trouve pas qu'à Marseille, de condamner les « chacals » , mesurer à quel point ,elles sont seules. Il faut, peut être, aussi savoir ce qu'est le désespoir, l'amertume de la vacuité, le goût doucereux du champagne, surtout quand il est trop sucré, frelaté. Je ne dis pas tout cela pour vous, mousser mais parce que j'ai aimé boire cette coupe jusqu'à l'hallali de ces tigresses-biches perdues dans le zoo urbain.Vous n’êtes pas un chasseur prédateur mais un penseur promeneur, un poète qui flâne et qui regarde avec, en sa besace, des confettis de mots paillettes mais aussi, une artillerie de mots scalpels qui obligent le lecteur à regarder ces guirlandes d'hypermarché, leurs corps ,décors éphémères et pathétiques avec le respect qui est du à leurs tentatives d'exister, femmes fatales, fanal bancal, elles titillent ses propres pantomimes.

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  7. Depluloin > Ah non pas toutes comme ça heureusement malheureux ! ;)

    Patrick > Que dire ! Que vous êtes le champion du monde du commentaire qui mousse ! Merci :)

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  8. Champion du monde? J'espère bien que non, je ne concours pas.J'ai pour discipline d'écrire à chaud les sentiments et émotions inspirées pat la lecture, de ne pas flinguer, ni de conseiller. Disons que je déguste en œnologue amateur, indifférent aux modes et méthodes de l'analyse critique.Ceci dit, je changerai, volontiers de statut, devenir professionnel me conviendrait.

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  9. Du fort beau Christophe, oui, du titre à la fin.

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  10. Superbe! Faut que je vienne plus souvent!

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  11. C'est beau !
    (J'ai trop à lire ici pour broder davantage sur l'essentiel)

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