Ce ne sont que des mains

Ce ne sont que des mains Ce ne sont que des mains qui caressent, finalement. Rien de signifiant, rien qui n’engage, que des peaux qui se frôlent, du tendre joufflu dans la paume, on n’a rien à paumer, juste à se laisser aller là dans le creux, à tricoter des histoires qui n’auront pas lieu. Ce n’est que ça, du frottement doux, des phalanges qui se parlent, du majeur à l’auriculaire, de l’entrelacement de doigts, qui se contractent les uns sur les autres, les uns dans les autres, les miens entre les tiens, et on se tient là par peur d’un lendemain qui, c’est sûr, nous dessert. On se serre encore un peu par nos bouts, de la pointe, les extrémités en soudure, pour qu’éclose une bouture de nous pour rien, sans raison, parce que ça nous fait du bien. Et quand bien même, on se lâcherait, quand bien même on desserrerait cette poignée éphémère, ça nous tiendrait encore, dans le dedans, tu sais, le dedans du dedans. Toujours ta main dans la mienne.

illustration

4 commentaires:

  1. J'ai fait, récemment, une déambulation urbaine avec une femme à l'initiative de la rencontre. Elle m'a énoncé, vite fait, qu'il n'était pas question qu'elle tombe amoureuse de ma personne. Je n'en attendais pas tant, juste le plaisir de se promener d'échanger en sympathie, de la complicité dans la curiosité, pigmentée de quelques attentions courtoises et galantes. Pour le reste, je ne fantasmais pas, je me sens libre, majeur et vacciné, pouvant me mettre en danger sans risque de casse. J'ai, toujours cultivé les amitiés féminines hors sentiers battus.Enfin bon, maintenant , nous sommes, au moins ,deux à ne pas être amoureux de ma personne, ma pomme qui se sent moins seule et elle qui se trouve confortée dans sa posture,jolie d'ailleurs.
    Cet incipit personnel pour dire que « Ce ne sont que des mains » me touche, particulièrement. Le propos est pensé, juste dans ses émotions, ses attentes. Il exprime un désabusement joyeux, le plaisir de « tricoter des histoires qui n'auront pas lieu » . « Rien de signifiant,Rien qui n'engage » « pour qu'éclose une bouture de nous, pour rien sans raison, parce ce que,çà nous fait du bien ». J'aime les jeux sur les mots, l'évocateur et sublimé « joufflu », « la paume » où on n'a rien « à paumer » même pas à croquer la pomme. Il  émane de ce billet une simplicité majeure, l'aveu, sans forfanterie d'un besoin de chaleur, de moments jolis dans les déserts des incertitudes, des solitudes, des lendemains qui desservent. Vous excellez , Christophe, dans les billets, légers de ton, qui promènent à mi chemin d'une philosophie de vie et de la poésie. Vous semblez avoir le talent pour engranger des moments de petits bonheurs, et la perspicacité pour rester lucide aux vrais malheurs que vivent bien des gens, autour. Merci de ce texte qui tombe, pour moi, à point nommé.

    RépondreSupprimer
  2. Le premier geste, parfois le dernier; un geste émouvant et magnifique.

    RépondreSupprimer
  3. Muriele > Merci !

    Patrick > oui, c'est bien d'être clair dés le départ. ça évite de lourdes désillusions. Mais quand même, hein, ç'aurait été bien si... ;)

    Cat > le premier, le dernier, peu importe, c'est l'instant là qui compte.

    RépondreSupprimer