Le papier peint autour

Le papier peint autour

Au sortir du rêve, sa peau à fleurs comme le papier peint autour, au ton orangé, au contour moisi, elle a de la peine à essuyer sa nuit, drague encore son lit, s’enroule de sa couverture rêche, et dort encore un peu. D’ébats sans débat, elle ne conte plus les jours sans, le pâle sur sa rouille d’être. D’ailleurs, elle ne raconte plus rien. En a fini de tout, garde le mal au pied du lit, s’enfourne des jours et oublie, s’oublie. Il n’y a plus que le noir pour la surprendre. Les yeux feux sous ses paupières, les pensées rebelles au placard des songes, elle se pare d’univers aux contours cuivrés.

Pendant son sommeil, elle repeint les papiers, défait les murs et réinvente les angles en se jouant des règles physiques. Plus de temps, que de l’espace, elle se repasse les jours en technicolor, rit des fleurs au plafond et se claque un décor en staffs luxueux. Des couleurs en satellites, elle crée un arc-en-ciel en boucle, une existence au revers absents brodée sur l’écharpe de Vénus. A la lisière des chemins tranquilles, elle vit d’un clignement d’œil un monde qui ouvre la nuit, qui la recouvre de lumière et la place au centre de tout, en bâtisseuse de ses désirs. Et quand revient le réel en résistance, elle tourne son corps à l’abandon, agite son lit en ballottage du rêve et presse le souvenir à trépasser. Au sortir de la réalité.

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9 commentaires:

  1. Patrick Verroust

    Le réel devient il si insupportable, la vie si impossible que le déni, la fuite , deviennent des thèmes récurrents chez les auteurs de blog , du moins ceux que je fréquente?
    L'histoire qui se raconte , ici, est celle d'une femme pleine de vie, mais sans vie. Ses envies sont devenus, dans sa vie, inaccessibles. Elle se réfugie dans le sommeil comme on plonge dans l'amour, le sexe. Elle « drague » son lit. « D'ébats sans débats » garde le mal (et fils) au pied du lit, ne raconte plus rien,s'oublie. Il lui reste le sommeil comme ultime refuge. Elle a de la chance son sommeil n'est pas peuplé de cauchemars mais de rêves oniriques où elle se retrouve « bâtisseuse de ses désirs ». La vie est un songe, le songe n'est pas la vie. Au sortir de la réalité, le songe trépassera « Les couleurs en satellite », des arcs en ciel , profusion,d'écharpes de vénus où accrocher des vies « sans revers » que Christophe Sanchez fait jaillir dans ce texte en même temps qu'il décrit, d'une elliptique manière, le pauvre intérieur de la femme « aux papiers peints » évoquent à mes yeux Chagall, peintre de l'imaginaire flamboyant et de la misère terne.Il enveloppait d'un firmament, bulles étoilées de lumières,comme une gaze, une écharpe légère la dure réalité des gens. Ici , aussi.

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  2. elle est revenue de tout, je n'en crois pas un mot ... talents de fée.
    Je like.

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  3. Patrick > "l'imaginaire flamboyant et de la misère terne." voilà, tout a fait ça. Merci.

    Kouki > oui, elle est revenue mais dans quel état dis-donc !

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  4. "A la lisière des chemins tranquilles, elle vit d’un clignement d’œil un monde qui ouvre la nuit, qui la recouvre de lumière et la place au centre de tout, en bâtisseuse de ses désirs."

    Bouleversant ce texte, j'adore!...
    Biz, Annick.

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  5. Mr M > Oui, t'as vu et avec tous mes doigts, te jure ! ;)

    Annick > Merci Annick, t'embrasse :)

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  6. Elle est revenue de son trip ? et ça va ? l'hôpital est confortable ?

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  7. On aimerait que se prolonge cette plongée somnambulique, cette décristallisation intime qui ne fait que me confirmer encore une fois que le réel est une grâce qui nous est faite. ("On est sans force contre rien", Ramuz).

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  8. J'aime bien l'idée de "décristallisation intime"

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