Des choses de grands

Des choses de grands [http://fantomatik75.blogspot.com/2009/07/dream-collector-arthur-tress.html]Des choses de grands, elle me disait, des choses que tu ne peux pas comprendre. Plus tard, je te dirai, là, je ne peux pas. Il y a dans la vie des adultes, comme papa, comme maman, des secrets, des discussions, des sujets graves que tes oreilles d’enfants ne doivent pas entendre, que tu ne comprendrais pas de toute façon. Alors, monte dans ta chambre un moment, je t’appellerai quand on aura fini, quand tu pourras redescendre.

L’interdit, le secret, quoi de plus attirant ! La curiosité en pointe, les images recomposées à partir des bribes échappées, des paroles en murmure inutile pour une oreille absolue, pas assez cacher provoque l’envie de découvrir. Il ne fallait pas commencer, fallait pas ébruiter, donner à manger à ma vacuité d’enfant. Pourquoi les secrets ne restent-ils pas fermement clos, pourquoi faut-il qu’il y ait une fuite, un interstice où se loger qui agace le désir de savoir, de dépasser le non-dit, le non-vu ?

Dans ma chambre, les yeux qui tournent, images superposées sur les mots qui montent de l’escalier, toujours un qui claque plus haut que l’autre, un verbe à l’infinitif qui rampe jusqu’à moi, facile alors de recomposer le reste, d’imaginer la répartie, les gestes qui provoquent et les joues qui brûlent. Une voix qui porte, s’emporte, détruit, l’autre qui s’étouffe, sanglots lourds à la charge montante. Moment alors de lutter contre cet assemblage trop réel, ne plus vouloir entendre, ne pas vouloir comprendre mais dans la bataille, à défaut de pouvoir, la faim de savoir gagne toujours, tordue dans le creux, dans le dedans du dedans, connaître le pourquoi, le comment, l’issu de la bataille de ceux qui un jour ont joué de leur chair pour moi.

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6 commentaires:

  1. "..la bataille de ceux qui un jour ont joué de leur chair pour moi." Ma gnifique! Une phrase qui fait mouche, qu'on ne peut oublier de lire; une phrase qui saute aux yeux! Une conclusion tranchante, imparable, qui devrait clouer le bec des deux batailleurs s'ils venaient à l'entendre. Un billet magique sur le quotidien de l'être humain, Sans concession, mais avec des mots justes. Bravo Mr Sanchez!

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  3. Je lis ce texte comme un aller retour entre le présent et le passé. Le mioche parle par la voix de l'adulte qu'il est devenu. Le présent est un présent de narration.Il faut être ,déjà ,grand pour parler de ceux qui « ont joué de leur chair » pour soi, il faut avoir compris une partie des mystères de la sexualité.Ce gamin manifeste de la curiosité. Il exprime un besoin fort de comprendre et de savoir ce qu'on veut lui cacher. Cette curiosité est, profondément, ancrée en nous. Elle rejoint notre besoin de savoir si c'est,vraiment, pour nous « qu'on a joué de la chair », si nous étions un enjeu ou pas et pour qui. . Le mécanisme de reconstitution des secrets est bien décrit, ici. L'intelligence , les sens en éveil, interprètent tous les signes.Les « secrets »sont,toujours « sus » d'une façon ou d'une autre. Ceux qui ne débouchent pas sur de la parole dite,sont les plus redoutables parce qu'ils peuvent sembler fantasmés. Il n'y a pas dans ce texte, d'expression de peur, d'angoisse, de chagrin, juste le besoin de savoir, de comprendre une scène vécue comme normale alors même que l'enfant sait que son univers bascule dans ses moments là D'un certaine façon, le présent a,ici, une forme interrogative. L'écriture de Christophe est une écriture résiliente, calme, précise, tranquille...

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  4. Je suis excellent psychanalyste vers ces heures-ci... en terrasse quoi... Pouvez-vous me donner un de ces souvenirs -écran dont nous avons le secret? ... (Voir mon ouvrage de trois lignes : "Il n'y a pas de secret" . Non mais sérieusement.)

    Le dernier paragraphe, je vais le re-relire. Une merveille. (Tu veux du lexo? Mouaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhh!!!!!)

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  5. Babeth > Oui mais pas une phrase d'enfant ça. Merci Madame Babeth.

    Patrick > "écriture résiliente" ah il me plairait qu'elle soit ainsi mais si peu, si encore enveloppée de fiction. Merci.

    M. Pluplu > nan, moi, comme dirait quelqu'un qui passe parfois ici, c'est plutôt coca temesta, voyez : BOUM!

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  6. Des choses de grands ... la bataille de ceux qui un jour ont joué de leur chair pour moi.
    Très justement dites, oui, toutes ces choses-là.

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