Juste un peu de brillant dedans

Juste un peu de brillant dedans Souvent les yeux rivés sur rien, le vague au loin avec juste un peu de brillant dedans, je te revois perdu dans tes pensées, accroché sur ta chaise, l’alcool en pointe et le monde autour qui n’existe pas. Et quand je me souviens, je fais la même chose, même regard isolé, même voile sur les autres autour. A quoi pensais-tu ? Moi je pense à toi dans ces moments-là, arrêté dans mon présent par des rappels à toi.

Comme sur cette terrasse de café où je te vois d’en-haut. Un peu comme dans les films au début d’une séquence. Plan large je vois le monde, la terre bleue entière et la caméra resserre sur un continent, un pays, une région, une ville - le flou des images et la rapidité du zoom font mal aux yeux mais même fixes les pupilles jubilent - puis je descends sur un quartier, je distingue les maisons, les rues, plan rétréci, limite humaine, j’arrive enfin sur la terrasse. D’abord vide et grise, le plancher mouillé, les chaises empilées, la scène s’accélère et se remplit de gens, des grands, des petits, des brailleurs, des calmes. Vision désormais panoramique, le tableau s’éclaire d’un soleil en poursuite qui forme un cercle sur le sol et puis je te vois, toi assis dedans. Au-dessus de ta tête, je remonte et plane, la caméra tourne autour de toi et je reste perché à t’observer boire avec tes amis, échanger, crier, bavasser la terre des tiens, le sourire jaune attaché à tes lèvres. J’attends le moment.

La tablée est vive, les tournées défilent, et toi, coq en pâte dans ta sphère, les éclats de verre et les poings levés, tu joues à faire semblant mais tu ne me masques plus ta lutte. Là, d’en-haut, ton monde ne me ment plus. Au plus prés, je sais. Et lentement, je te vois dévier l’instant, louper la réplique, mordre le réel et ton regard ne roule plus, les autres peuvent continuer à parler, tu t’en vas, les yeux rivés sur rien, le vague au loin avec juste un peu de brillant dedans.

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