Toi, pleinement

C’est toi, pleinement, là dans mon souvenir, l’image persistante, au plus prés, dans la meilleure des postures, celle que tu t’étais fabriquée, que tu aimais à présenter au monde. Tu as gagné, c’est celle que je retiens aujourd’hui quand me vient l’envie de t’évoquer. Bien sûr, il y en a d’autres, plus sombres, plus enfouies, celles que tu ne laissais pas tourner dans ton cercle, celles que personne ne voyait parce que tu t’appliquais à masquer les images écornées du malaise si présent en toi, en nous. Je dis que tu as gagné, mais c’est moi qui ai gagné à te connaître, c’est moi qui sais aujourd’hui le poids des images que tu portais sur ton dos. Celle-ci, tout à ton honneur, effacée depuis des années, détruite certainement, elle me revient pourtant entre les doigts, mate et sépia du zoom arrière. Elle te ressemble, elle est ce que j’aimais en toi, ce qui me rendait fier de ton sang. Banale, oui, ordinaire image, toi perché sur un marche-pied, Ô pas un piédestal, simplement élevé sur quelques marches de tôle au-dessus d’une route quelconque, une de ses nationales que tu parcourais tous les jours, des kilomètres avalés dans la vaillance. Quelconque cliché pris à l’arrivée de ta tournée, à l’arrêt numéro 12, à la porte de ton bus, ton engin, ta fierté, ton travail de chauffeur, tout cela remplit l’image, fixe les chromatiques éculés et les images jamais dévoilées.

10 commentaires:

  1. Le livre de souvenirs de Christophe, s’égrène page après page. Celle ci est superbe d'amour filial avoué, pleines de pudeurs elliptiques. Il a fallu du temps et la volonté pour dépasser les malaises , pour ne garder que la part belle, pour assumer l'hérédité, l'origine sociale . Il a fallu du temps pour pouvoir dire la fierté. J'aime bien cette idée d'acte volontaire, cette volonté têtue d'être dans une posture d'amour plutôt que dans l'imposture du déni. L'amour est un sentiment qui se cultive.

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  2. Très bien écrit!
    Je ne te connais pas, je ne peux connaître l'histoire derrière ce texte que Patrick semble connaître, mais j'en comprend le message qui est foutrement bien rendu.
    Je repasserai à coup sûr!
    Tu peux venir faire un tour aussi, tu es la bienvenue ;)

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  3. Manu:

    L'histoire qui est derrière, je la soupçonne sans plus, je ne me permettrais ni de l'évoquer ni d'investiguer. Je suis touché par la manière pudique de Christophe de décrire un sentiment, de peindre un personnage.

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  4. J'allais dire Pourquoi n'a-t-on pas droit à une photo aujourd'hui? et puis me dis finalement que Non, pas besoin de photo, l'image est nette, précise, belle grâce à tes mots... Bizarre quand même, cette absence de photo, ton texte me rappellent une photo (que je n'ai pas évidemment) de mon grand-père cheminot sur le marche-pied de sa locomotive et que j'ai absolument besoin de revoir là maintenant... or, elle se trouve dans un tiroir à des centaines de kilomètres d'ici...

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  5. Patrick > En ce qui concerne les postures, à chaque étape, elles évoluent, le déni est passé pour en arriver là.

    Manu > Merci et repassez quand vous voulez. Et bien sûr, Patrick ne connaît pas plus l'histoire que vous, juste peut-être me lit-il depuis plus longtemps.

    Mel13 > Tu devrais foncer récupérer la photo. Je connais cette nécessité subite qui s'impose puis finit par obséder.

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  6. oh ben j'oublie L........................uC > M................erci !

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  7. Manu, mel 13:

    Là est la force de l'écriture,même si elle contient une part autobiographique,elle est une fiction qui peut trouver écho chez des lecteurs.Elle est l'agent révélateur qui permet l'émergence de sentiments enfouis qui, soudain, surgissent par l'évocation sensible de l'auteur.pour moi, le travail de lecteur consiste à comprendre, au plus près, ce que dit le texte, dans son intimité, avec empathie et rigueur.

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  8. @ patrick verroust: d'accord avec toi en grande partie, jusqu'à l'empathie... Quant à la rigueur, je ne sais pas, pas toujours en tout cas, pour la lecture. Pour l'écriture, oui: de la rigueur à trouver les mots justes et le bon ordre, la rigueur de couper le trop long et le superflu...

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