Chercher le frais

Chercher le frais Dans la maison, on crochète les volets en clefs, bouclier qui protège de l’agression du dehors où le brouillard en soleil encercle. Ainsi en retraite, calfeutrés, on cherche le frais, entre les pièces, couloirs protégés, enceintes sans fenêtres aux pierres sèches qui ne connaissent pas la chaleur. On se cache pour un temps, de quatorze à dix-sept heures au moins, on s’oublie du jour pour se sauver de l’oppression. Les pièces sombres tranchent avec la clarté haute et agressive du ciel, elles donnent le change à la lumière du plus fort de l’été, elles nous protègent de l’aveuglante et lourde moiteur qui tombe nous figer. Pour ce faire, on calfeutre avec soin au travers des moustiquaires, on bouche mais pas trop, on ferme mais pas entièrement, il faut laisser des espaces, interstices qui face à face, d’une pièce à une autre, d’une fenêtre à une porte entrouverte créent le déplacement frais, l’appel entre deux brèches qui provoque le courant d’air. Une fois la maison bouclée, cette brise incitée se lève au moindre battement du dehors, s’engouffre d’un filet de vent échappé de l’accablement. Elle roule sur nos joues, rafraîchit nos nuques et lève lentement une odeur de poussière voletée qui vient nous donner respiration neuve. Elle effleure douce nos peaux et emporte nos esprits dans le refuge de la sieste, dans l’attente du soir où nos corps pourront à nouveau se mouvoir sans transpirer à grosses gouttes. Les pensées en pause, les pieds nus qui glissent sur le carrelage en quête d’apaisement, on étouffe avec langueur le feu qui dehors dévore tout.

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