Alerte rouge

Alerte. Pluie, vent, orage. Vigilance, orange, rouge. Il va falloir rentrer, les bus ne roulent plus, les rivières vont déborder, la tempête est là sur nos têtes hébétées et les éléments nous questionnent. Qu’ont-ils à dire sur nous, sur nos basses vies ancrées sur une terre que l’on ne regarde plus ? Ils ont dans leur grondement la puissance éternelle, la rage du ciel contre nos vides de terriens. Et alors ? Plutôt que de rester humble, de prendre la trombe, de l’affronter comme elle vient sans pâlir de notre existence futile, de la regarder passer, protéger par notre intelligence, par notre vaillance et notre force à la surpasser, nous préférons en faire un sujet alimenté d’angoisse, une anxiété à rajouter à la fébrilité de nos organisations.

Ouverture des journaux télévisés, les images crachent la catastrophe qui n’existe pas. Les habitants sont filmés en bottes de caoutchouc, plan serré sur une marre de dix centimètres et derrière le gris d’un jour pluvieux d‘une banalité affligeante. Et le journaliste, envoyé spécial dans le trou du cul du monde, nous distille ses statistiques arguant d’une inondation à venir, d’une marée en prévision qui, si elle s’avérait, serait la seconde plus forte, plus écrasante, plus affolante depuis les calendes grecques. Les prévisionnistes de Météo France sont invités en plateau, ils rangent leur position verticale et gesticulante sur fond vert pour nous faire, assis à côté du présentateur (la consécration sans doute), un cours de pluviométrie appliquée, le sourire pointé sur nos visages intoxiqués.

Il pleuvra demain encore. Protégez vos enfants, n’allez pas travailler, restez chez vous, rendez-vous compte, il est tombé plus de trois cents litres d’eau par mètre carré en une heure, aujourd’hui à Trifouillis-les-Oies dans la basse creuse, soit l’équivalent de trois mois de précipitation. L’information fait plus de dégâts que le ciel, elle sape notre moral, rajoute du noir au gris, nous oblige à focaliser sur le temps, l’air que l’on respire, le soleil qui donne chaud et la pluie qui mouille. Et soudain au générique, après que l’homme tronc nous ait souhaité malgré tout une bonne soirée, le vide nous rattrape, la peur congestionnée dans nos têtes et on ira se coucher en bons gaulois priant Toutatis que le ciel ne nous tombe pas sur la tête.