Tiens, je souffle

Alors que l’histoire s’étirait en filaments spongieux, alors que j’optais pour une lecture transversale, les mots qui composaient mon livre du soir sont tombés. Oh, pas en une seule fois, non, grain par grain, lettre à lettre, ils se sont fait la malle !


Il faut dire que depuis l’incipit, ils s’ennuyaient fermes. Les plus fringants ont renoncé face aux mots en laine qui crissent sous la dent et les allitérations poisseuses que l’on mâchonne freedent dans la bouche.

Ils ont rendu âme, au papier vierge.

Ils ont décroché comme j’ai décroché. Les mots, parfois ils filent sous les yeux car ils ne rentrent pas en bouche. Il se délayent dans le néant, se noient entre les lignes, louchent sur la page suivante en cherchant le sens qu’ils n’ont pas réussi à exprimer à la phrase précédente. Sont sauvages, ces mots.

Mais, cette fois-ci, jamais vu des mots aussi pluvieux, aussi pressés d’en finir. Délités dans la page, assoiffés de sens, sans dessus-dessous, ils ont chu. Un à un, la lettrine collée à la marge, le point cagneux et la virgule chagrine ont chaviré au delà de la couverture. Les syllabes en cavale et les voyelles consonantes, signe à signe et sans gesticulation inutile, ils ont fui le livre. 
Je les trouve plutôt courageux. Les voilà libres désormais de recomposer, de réaménager en « scrabblisant » l’ordre qui les rendra heureux, à nouveau à la conquête du sens. Et peut être, par un hasard habile, ils se retrouveront ensemble balancés de poésie. 

Tiens, je souffle.



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