Ballerine des cités


J’ai rangé, tout bien comme il m’a dit. J’ai rangé, balayé, nettoyé, mis le rose avec le rose, le blanc avec le blanc, dans le placard usé de guenilles. Puis suis sortie, tutu rose, car il voulait plus s’arrêter de. Je suis sortie, ballerine des cités, aérer mes pas, sauter la barre qui me sépare de lui avant qu’elle ne s’abatte. Sur moi. Pour lui soulager sa vie.

Bien sûr que j’ai rangé. Saoul, il ne m’a pas crue. Il a vu, pliées, tendues, au carré dressées mes robes suspendues sur la tringle du placard. Il a vu mais a fait comme si non. La tringle vide, il a voulu la voir nue. Alors il me l’a foutue.

Je suis descendue, cage d’escalier sur les pointes, tendue sous les néons crus. Nue sous les regards tenus, me suis pendue à la galerie des amis qui jamais ne m’ont crue. 

Illustration : Michal Chelbin


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