Sac et ressac

La brume a détapissé l'horizon, ne subsiste du bleu tranché habituel qu'une douche cotonneuse qui ruisselle du ciel à la mer, un écran total à l'été disparu.
Sac et ressac.
Sac plein, derrière la fenêtre, suivre le parcours des gouttes de pluie fine qui viennent s’écraser sur les carreaux. Les plips et les plops étouffés par le vitrage s’accompagnent de vagues sourdes en fond sonore : la mer, la mer agitée où grondent les rouleaux d’écumes, comme pour occuper l’espace et se départir du ciel qui reste désespérément vide et blanc.
Ressac.
Sac de pensées contre ressac interminable, sa tête, front sur la vitre froide, glisse de haut en bas en laissant une longue trace ridée d’idées confuses. Lui et le spectacle neutre d’un paysage qui s’annule : les bleus se contrarient, les gris s’emmêlent, la pluie les lie. De cet amalgame, gagne le monochrome – blanc paralysant – qui s’installe calme en surface, bouillant dans le fond, le profond, bien au-delà de la vision.
Sac.
Sortir du sac de la torpeur à la faveur du cri rauque de la mouette, rescapée du chaud et du bleu qu’il y a encore quelques jours, quelques heures animaient les lieux. Lui et l’oiseau. Le suivre du regard, dans sa majesté planante, fuir ou se cacher derrière le rideau de brume.
Trouver une nouvelle dimension pour percer, et le vague, et les vagues, et le blanc du ciel qui se confondent. Lui et sa dimension de la fuite immobile. Lui obligé d’être en accord avec le décor, sans s’éloigner des pensées claires mais en acceptant le gris qui abat les saisons, les « trop » et les « pas assez » qui vont et viennent.
Re.

Texte initialement publié sur le blog de +Déborah Heissler pour les vases communicants de novembre 2012.