Au bout de cette impasse

C’est un creux, une vasque sans eau au bout du chemin. A quelques enjambées de la maison, un endroit secret. A débouler essoufflé et délivré de la famille qui oppresse, celle qui parle haut, qui dicte et assène les jugements sur la vie comme on enfile des perles. Là sur le chemin à boire le vent, un petit bout de liberté entre les dents. 

C’est un havre, juste reculé, un cran à peine, à l’écart d’eux, des grands qui psalmodient leur couplet de vérité. Sur le chemin s’élancer. Et tout au bout, atteindre l’impasse salutaire, une butée pour mieux se retrouver. Ici, rien ne pousse : c’est un plein de vieux béton et de fer rouillé entouré de murs délabrés bâtis en briques oranges et moellons poreux assemblés de bric et de broc comme si déjà à la construction, on avait voulu l’endroit de guingois.

C’est un théâtre qui sauve, du foutraque qui réjouit face aux litanies des parents, à leurs interdits cognés et leur propreté d’esprit assommante. Un gros bordel qui s’arrange avec le temps et se polit sur des sédiments de vies d’enfants : une poupée énucléé dans un landeau jauni, un tricycle rouge au pneus crevés, des jeux de cartes dispersés aux quatre vents, des boîtes de toutes sortes et de toutes couleurs qui débordent de cartons ramollis par les pluies. Un fatras immense au milieu des gravats et au pied d’une vieille fontaine sèche. Ce robinet tari. L’absence d’eau. C’est la seule chose qui manque ici pour redonner la vie.

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