Dans ton lit

Dans ton lit, je trouve la force. Pas la force d’aimer ni même celle de baiser mais simplement j’entends dans ma tête mon corps jouer ton corps. C’est une musique saccadée qui cale mon cœur à la soie de ta peau. Tes mains fouilleuses sont des neurotransmetteurs qui neutralisent ma tête, la rendent à sa musique première. Je joue une partition méconnue faite de notes fantasques. Ton corps est une contrebasse, ses vibrations me traversent et je me rêve maestro. En métronome, le cœur et le corps gravés sur ta peau balancent des ondes vierges sur les draps.

Dans ton lit, je trouve la force. Celle qui rend beaux les plus cabossés. Dans les meurtrières je passe les doigts, glisse des syllabes rondes, des mots que j’avais oubliés. Le bouillon de vie est dans nos corps branlants. J’en bois de grosses lampées et de ma langue, j’éprouve le sirop et le sel. Nos peaux sont chargées d’arômes contrastés de peine et de joie, de vie et de mort. Nos corps se goûtent et se parlent de ça. Ils cherchent à se comprendre, à accorder leur soupe et la musique qui les ceint. Tu remplis mon écuelle comme je verse dans la tienne. Ça sent mauvais parfois mais la complainte nous en distrait.

Dans ton lit, je trouve la force. De croire aux corps unis. A l’osmose, dans la vase où nos pieds sont englués comme dans le ciel où nos têtes, yeux écarquillées, sont dressés. Je baise ton corps pour sentir la boue au fond de toi. Tu baises le mien pour te reconnaître dans cette boue. Tu n’es pas seule à patauger et la soupe en partage est l’amour qui nous tient.

Dans ton lit, je trouve la force. Tu as en toi cette électricité qui fait masse, un magnétisme qui donne de vastes refrains à mon corps, une litanie de notes troublantes. Ça malaxe dans le dedans et nos peaux éclatent des plus beaux et vilains souvenirs. Pour nous le dire cabalistique, tu portes à ma bouche ta nuque fine et c’est une hampe griffée de caïeu par quatre étoiles chères à ton cœur que je trouve. Fixées là sur ton corps depuis des lustres, elles savent la tambouille et les cris qui coulent dans nos êtres.

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