La nuit, cette affolante

Encore une nuit où tu glisses du lit par un appel incongru au grand ménage de l’intérieur. La nuit a écrasé cinq heures au fond de ton corps. Tu les sens peser dans tes cuisses et lester tes jambes.  Elles ont coulé comme un poison, suivi un parcours balisé et imprégné chaque parcelle de peau. Des heures mortes pour la conscience, du temps pris sur l’oracle pour saigner quelques veines d’allégresse. La nuit a fait son boulot de sape.

Tu es lourd, il est tôt, trop tôt mais te lever est la seule fin pour alléger le dedans. Le dehors est figé, même couloir où tu rampes interdit, mêmes lumières sales qui t’aveuglent, mêmes toilettes où tu jettes ton coup de grain. Quelque vent persiste dans la cuisine, une bourrasque intérieure aussi remuante que le mistral qui geint sur la mer. Tu remontes les volets roulants et découvre la nuit, cette affolante. Le bruit de la mécanique concasse le fiel du sommeil coincé entre tes oreilles et la machine à café achève le silence d’un couinement de hyène.

Tu bois un café rêche en bouche tandis que ta première clope arrache des glaires à la timidité du jour. Tu racles ta gorge enflammée par de vielles charrues de cendres et craches dans un mouchoir en papier ces miasmes qui t’emporteront. Le temps s’allonge et tu l’accompagnes sur le canapé. Un livre posé là te prend dans ses pages et t’invite une heure à sortir de ton corps. L’horloge bat la chamade, le frigidaire décompense et toi, tu cherches de phrase en phrase une justification à être là, si tôt à renâcler l’insipide.

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