Le vin et l’heure

J’ai une heure pour écrire le vin qui a coulé dans tes veines comme un poison. La gorge moisie par la mort aux rats, le cœur occis par les mots enfouis, les pleurs que tu as retenus et les gestes d’affection qu’on s’était promis. J’ai une heure pour t’écrire comme je t’aurai voulu, une heure pour inventer tes soixante-dix ans, les années où tu m’as laissé, la trentaine qui suit où j’aurai voulu que tu me voies vieillir. Un père ne voit pas vieillir ses enfants, je sais. Un père ne s’accroche pas à la sensiblerie d’un fils qu’il ne connaît pas, je sais. Un père ne vit pas toute la vie de son fils, je sais. Un père ne compte pas le temps. Un père n’a pas une heure pour écrire. Un père, ça n’écrit pas, ça boit le vin et ça meurt, je sais.

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