Quand j'en viens aux mains

quand j’en viens à maudire la mère et la race de l’autre,
quand j’en viens à l’animal qui gronde, l’adrénaline en faconde,
quand j’en viens à ne plus me respecter car je sais la blessure intérieure,
quand j’en viens aux mains, que les mots ont épuisé leur sens dans des excès d’insultes,
quand j’en viens à me faire mal, à scarifier les émotions veules pour les donner à voir en fierté,
quand j’en viens aux poings serrés, que les ongles creusent la peau et que les dents cimentent la bouche,
quand j’en viens à défier mon corps contre plus fort que moi, que la peur tenaille dans des regards de haine,
quand j’en viens à sentir la poudre remplacer les fourmis dans les jambes, que chaque membre veut frapper,
quand j’en viens à ne plus comprendre l’autre, à ne plus m’aimer, que le corps n’obéit plus qu’à la violence du dedans,
quand j’en viens à la guerre contre moi, que l’autre n’est plus qu’un ennemi à abattre, qu’il suinte l’amer des grandes peines,
quand j’en viens à ne plus savoir d’où viennent les gestes, comment percent les borborygmes primitifs et que ça fait des saignées dans le ventre,
quand j’en viens à suer de grosses gouttes de fiel, que le sang circule sur une voie trop rapide, que les veines compriment jusqu'au cerveau les envies de paix,
quand j’en viens à m’afficher comme une bête assoiffée de sang, que le corps est animé de pulsions diaboliques, qu’il s’empare de l’esprit dans un nuage de grêle,
quand j’en viens encerclé de suie, à devenir barbelé de colère,
quand j’en viens aux mains qui ne doivent être que caresses,
quand j’en viens sans aucun retour possible,
quand j’en viens abandonné de moi,
quand j’en viens sans vouloir,
quand j’en viens sans savoir,
quand j’en viens sans penser,
quand j’en viens,
je ne suis plus Homme
mais supplicié
sur le bûcher des vanités.

Texte intialement publié sur peut(-)être, le blog de Julien Boutonnier lors des vases communicants de novembre 2015. http://j.mp/CSchezJB