Troisième personne

C’est une troisième personne. Une troisième personne comme un assemblage d’âmes. Une juxtaposition voire une fusion qui veut faire sens. C’est moi en prolongé, une extension de tête. Une troisième personne multiple, qui désire s’affranchir du nombre et reste dans le flou de cette multiplicité, dans une quantité indéfinie pour représenter le monde, une société, un groupe, une unité de deux personnes, toi et moi, ou toutes les personnes qui sont dans mon corps.

C’est une troisième personne. Plurielle, à mille visages. Une troisième personne dont on se sert pour pavoiser, pour asséner des vérités empiriques. C’est moi perché qui vous regarde. Elle pose le savoir, elle englobe, elle dit l’ensemble, elle dit comment la personne singulière qui l’emploie – moi, moi, moi - voit le dehors, quel est son regard sur les autres, comment elle toise en ellipse. Le monde et elle. Le monde et moi. Comme si de son indéfini, elle détenait à elle seule la vérité sur la Vie. Elle est omniscience et perversion. Elle est sagesse éprouvée, élévation de l’esprit et manque d’engagement de celui qui la porte. Manque de moi.

C’est une troisième personne. Le Jiminy cricket sur l’épaule qui cause à ma tête. Elle se veut universelle alors qu’elle est impersonnelle. Elle se crie revendicative mais elle reste pleutre et floue. Elle peint des tableaux qui ne sont issus que d’une seule personne. De moi. Celui qui veut l’aimer et en faire loi. Emanation que d’un seul cerveau, que d’une seule réflexion, que d’une seule main qui écrit, elle n’est jamais partagée que par soi-même. Elle se veut voix en hygiaphone, pensée unique hurlante. Elle n’est que chiures de l’esprit d’un seul. Rognure cérébrale de moi.

C’est une troisième personne du pluriel pour conjuguer le sort. Elle est Nous. Nouée à mon cou. Quelques-uns peuvent l’approcher, se la dire unique et la prêcher, la percuter à l’unisson. Mais dans la multiplicité des vues, les Moi, Nous, ne saurons jamais sûr de rien. Moi, moi, moi. Ne saurons jamais rien de la véracité du rassemblement qu’elle crie au monde.



(source : bandeau du site de Patrick Marquès – Artistepeintre)

Texte initialement publié chez Franck Queyraud pour les vases communicants de juin 2015

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