S01 #BioDuJour – Nina, Rémi, Marcel, Roseline, Prisca, Marius et Sébastien

Semaine 01 #BioDuJour : Biographie rapide et fantasque du personnage qui se cache derrière le prénom fêté du jour. Les courts textes de six lignes postés quotidiennement sur les réseaux sociaux sont repris ici le mercredi et accompagnés d'une historiette rassemblant tous les personnages de la semaine.


14/01 – On fête les Nina #BioDuJour

Nina a trente ans et dit toujours na, na, na
Quand elle est prise au dépourvu des hontes

Nina dit souvent n’importe quoi n’importe quand
Surtout quand on l’emmène n’importe où

Nina ne sait pas toujours comment dire non
Alors elle secoue la tête avec caprice puis pleure

15/01 – On fête les Rémi #BioDuJour

Rémi a huit ans et de grandes oreilles pointues
Quand il rit, elles rentrent dans sa tête alors il rit beaucoup

Rémi n’aime pas la fève dans la galette des rois 
Il a peur de tomber dessus et qu’on la lui fourre dans l’oreille

Rémi est blond comme les blés qui sont fauchés
Comme ses parents qui n’ont pas de grandes oreilles pointues

16/01 – On fête les Marcel #BioDuJour

Marcel a quatre-vingt-trois ans et ne vit que les jours pairs
Et manque à tous ses devoirs depuis qu’on lui dit qu’il est sénile

Marcel aime l’infirmière quand elle lui tend le déambulateur
Qui ne sert à rien car c’est son décolleté qui l’aide à lever le pied

Marcel est rouge de colère quand son fils ne vient pas le voir
Il est rouge de colère quand il vient le voir et qu’il ne parle pas

17/01 – On fête les Roseline #BioDuJour

Roseline a cinquante-six ans et une mouche sur la joue
Elle en joue la nuit comme le jour – une coquetterie gouailleuse

Roseline a un cœur de lionne mais rugit peu
C’est dans les yeux qu’elle cache ses plus beaux bâillements

Roseline abrite sous sa crinière quelques jeunes époux
Marie-Rose et autres conjointes ne veulent pas savoir à condition que ça dure

18/01 – On fête les Prisca #BioDuJour

Prisca a vingt-deux ans et encore ses dents de paresse
Elle rêve d’un prénom à trois syllabes ou presque

Prisca a le visage émacié des enfants grandis trop vite
Dans les yeux, des nimbes où s’oublier un peu

Prisca n’a rien à faire ni à brader tant son corps est muet
Elle erre, en attente d’un briscard qui pourra l’allonger

19/01 – On fête les Marius #BioDuJour

Marius a dix-huit mois et les joues roses
Quand il sourit les quenottes en avant comme un raton

Marius ne sait pas qu’il s’appelle Marius
Il perçoit le son « us » et couture le reste dans sa tête

Marius suce son pouce et le sein qui fait mal
Maman serre les dents pour que les siennes poussent

20/01 – On fête les Sébastien #BioDuJour

Sébastien a quarante-deux ans et des douleurs tièdes
La nuit il compte les secondes pas vécues et chacun de ses os

Sébastien a en marre qu’on l’appelle Bastien
Qu’on lui prête une belle alors qu’il n’en est rien

Sébastien ne pleure pas, ne sourit pas et il tient bien
Il rêve moite et le matin s’ébroue comme un chien



          Nina et son neveu Rémi sont dans le salon, avachis sur le canapé. Nina pince gentiment les oreilles de Rémi. Elle l’aime et Rémi le sait. Sous son aspect ingrat, il recèle une douceur que Nina aimerait connaître chez son futur enfant. Elle veut un fils comme Rémi mais sans les oreilles pointues. Elle se dit ça, sur le canapé, devant une télé qui braille et un neveu qui rêve. Bizarrement, c’est pour ses oreilles en pointe qu’elle aime son neveu, parce qu’il a cette particularité physique qui le rend différent – elle ne dit pas « laid » comme les autres, elle dit « différent » - et les différents, justement parce qu’ils sont différents, ont encore plus besoin d'être aimés que les autres. C’est ce qu’elle pense, Nina. Elle dit : quand on sait les protéger, ils sont doux comme un plaid en laine sur une épaule nue. Mais. C’est surtout qu’elle n’a pas d’enfant, Nina. 

          Marcel, le grand-père, somnole sur son rocking-chair qui le berce. Le sifflement de la vieille chaise sur le parquet agace Nina et Rémi qui n’entendent plus la télé. Rémi monte le son pour couvrir le bruit. Marcel se met à ronfler et s’engage alors une partie de ping-pong sonore. Plus Pépé ronfle, plus le bois siffle et craque et plus Rémi monte le son ; si bien qu’au volume maximal, Roseline, la mère de Nina, sort de sa cuisine, un torchon sale sur l’épaule, en hurlant au petit démon qui monte ainsi le son de la télévision jusqu’à la déraison !

          Rémi a peur et se renfrogne à faire disparaître ses oreilles derrière la tête comme un chien penaud dans l’arête d’un mur. Nina le prend dans ses bras et recoiffe lentement ses cheveux dressés. Il n’y a qu’avec Nina que Rémi se sent en sécurité, et peut-être aussi avec sa tante Prisca, la sœur de Nina, avec qui il peut jouer en louchant sur ses gros seins qui pointent. D’ailleurs, Rémi n’a jamais compris pourquoi Nina a soudain grossi des seins. Ç’a coïncidé avec le moment où cette saleté de Marius a été annoncée. Elle allait avoir un bébé. Elle, la benjamine de vingt-deux ans. On en a longtemps parlé. On en parle, encore. Et depuis, elle joue moins avec Rémi. C’est Marius qui joue avec ses seins. Il peut même les sucer, lui !

          Roseline coupe le son de la télévision et continue à vociférer aux oreilles rougies de Rémi qui s’enfonce dans le canapé et dans le creux de Nina. Il n’aime pas sa grand-tante. Elle lui fait peur. « C’est même pas ma mère ! » répète-t-il en sanglotant.

          C’est dans un silence pesant mais rassérénant pour Rémi que Sébastien pénètre dans le salon, les cheveux et les idées en vrac, après sa sieste dominicale. Il traîne ses savates jusqu’au canapé, pique la télécommande des mains de sa femme, dont la furie tombe peu à peu, et zappe sur le match de rugby. Roseline sourit d'une bouche aigre et file dans la cuisine lui préparer un café avec un demi-sucre et un verre d’eau tiède. Rémi se cale sur le gros ventre de Bastien qui l’entoure de son bras. Marcel ronfle à gros bouillons. Nina s’éloigne un peu et assise sur une chaise près de la fenêtre, lime ses ongles et fait tomber le rouge de ses joues. Ce soir, quand tout le monde dormira, elle téléphonera à Prisca pour lui raconter le week-end.

Prisca 18/01


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire