Matin bas

Un cri dans le matin au visage blême comme s’il était soulé et flapi de la nuit. Un cri de goéland tel un appel au ciel à sortir le jour de la torpeur. C’est un potron-minet à terre et ciel boudeurs. L’air de ne pas y toucher et l’oiseau saisit le vol, soulève les toits pour réveiller les paresseux, maraude puis rebondit sur une flaque de brume, franchit la première ligne de toits, pique sur la plage et remonte dans le ciel enfumé. Du haut de son trône à pattes, le grand frère toise et met des vents. A la croisée, les cris racontent la mer, la houle et la douleur – ou bien est-ce la tristesse des nuages qui les prend et les jette au jour pour espérer en sortir.
Quoi qu’ils braillent, la brume gagne. Ils disparaissent sous la ligne d’horizon, descendent à la mer rase et montent et planent pareils à des suspensions végétales sur un fil invisible, un trait parallèle à la tension des ombres. Ils flânent le bec prêt à happer la lumière et se perchent sur d’autres lampadaires où le cri en dispute continuera leur monde. Il en sera ainsi toute la journée à traverser la mer par le large, à lui tailler des bavettes d’écume en espérant la nuit et ses toits en terrasses où, cachés sous les faîtes, ils se taperont les rires des mouettes qui jouissent.

Matin Palavas 21/02