Barrière naturelle

C’est après la vigne la plus haute, au pied de la montagne. Ensuite plus rien n’est accessible. Simplement de la nature qui décolle : des buissons par centaines reliés par une terre rocailleuse, quelques arbres qui s’accrochent à flanc de colline et le bruit déjà sauvage des vents qui se planquent. Et pour délimiter le territoire, le chemin qui mène à la plus haute vigne se termine derrière les dernières rangées de ceps ; un mur de feuillage dense et épineux se dresse et barre tout accès. On est au bout du monde, le silence des voix se recueille et nos respirations se confondent. Une impression de défendu originel, une barrière naturelle qui impose le demi-tour. Mieux que toutes les signalisations, mieux qu’un panneau de sens interdit, la montagne se protège d’elle-même et dresse sa frontière en tricot de ronces dissuasives.

Nombreux sont ceux qui arrivent ici, suivant le chemin de randonnée. On les voit, surtout les premiers dimanches de printemps, se heurter au mur cherchant par ses côtés un passage caché. Surpris et frustrés d’arrêter aussi brutalement leur promenade, ils tournent plusieurs fois, traversent la plus haute vigne, demandent quel chemin ils doivent emprunter, à nous les indigènes, persuadés qu’auréolés de notre statut de terriens nous connaissons un accès secret à la montagne. Forcément déçus par les réponses, voire par notre mutisme renfrogné, ils rebroussent chemin après avoir essayé de franchir le mur en taillant le maquis d’un vulgaire bâton.