S07 #BioDuJour – Roméo, Nestor, Honorine, Romain, Auguste, Aubin et Charles

Semaine 07 #BioDuJour : Biographie rapide et fantasque du personnage qui se cache derrière le prénom fêté du jour. Les courts textes de six lignes postés quotidiennement sur les réseaux sociaux sont repris ici le mercredi et accompagnés d'une historiette rassemblant tous les personnages de la semaine.


25/02 – On fête les Roméo #BioDuJour

Roméo flambe dans les casinos
Dans son auto au matin il est penaud
Roméo sort la nuit dans un bistrot
Triste où sa fille danse sur un tonneau
Roméo a une femme et deux enfants
Trente ans et des maîtresses le serinant

26/02 – On fête les Nestor #BioDuJour

Nestor n’est ni valet ni pingouin
Avec dans le cul la main de Tintin
Nestor vit dans un bouge à salpêtre
Et sue des rêves moisis par la fenêtre
Nestor a besoin du souvenir charmant
De ses vingt ans depuis cinquante ans

27/02 – On fête les Honorine #BioDuJour

Honorine a quarante ans de servitude
Elle fait des ménages par habitude
Honorine passe le plumeau et déloge
Toutes poussières - sauf dans sa loge
Honorine a plusieurs patrons du matin
Au soir elle voit des couches de chagrin

28/02 – On fête les Romain #BioDuJour

Romain a une carrure de petit Apollon
Porte la tête dure et des vœux polissons
Romain a vingt-cinq ans et un rire
Pervers quand il laisse aller ses ires
Romain est monté comme un Lucifer
Diable en rut et reins cabrés, faut s’y faire

29/02 – On fête les Auguste #BioDuJour

Auguste rentre du boulot museau
Bas, paupières tombées sur godillots
Auguste n’a pas confiance en lui
Et la malchance le lui rend bien
Auguste a trente-cinq ans de tuiles
Derrière lui, un tas d’ennuis à reluire

01/03 – On fête les Aubin #BioDuJour

Aubin passe sa vie à la regarder
Passer et fuit tout sans décider
Aubin a un poil dans la main
Qu’il cultive comme un jardin
Aubin part à la retraite, à la bonne heure
Mais touchera misère – il est chômeur

02/03 – On fête les Charles #BioDuJour

Charles a cent ans et la mémoire
Des deux guerres filtrées à l’écumoire
Charles fait des trous, des petits trous
Dans la purée pour y mettre son jus fou
Charles veut la paix et mourir bientôt
Trop longtemps qu’il n’est plus synchro



Il est trois heures du matin. Sur la plage, la mer rabroue des branches de frênes chargées de petits moules. Roméo est assis sur la digue, le regard absent. A l’aide une branche, il trace des barres sur le sable pour compter ce qu’il a dépensé ce soir. Un vrai joueur de casino ne sait jamais combien il a joué. Alors il minimise. Trois barres pour trois cents euros sont effacées par une vague. Il a dépensé bien plus. C’est sûr. Il arrache les coquilles du bois et les disposent sur le tapis vert de la plage. Impair et passe, fait tourner une boule dans sa tête et les moules sont les jetons qui gagnent. Roméo a passé la nuit dans les salles de jeux : craps, roulette et il a fini au bandit manchot. Il est arrivé à l’ouverture, la veille à dix heures. Il a passé quinze heures à rêver du jackpot. Quinze heures pendant lesquelles sa femme, Honorine, a travaillé puis attendu qu’il rentre.

Il est presque quatre heures et Roméo ne veut pas rentrer. Il va se coucher sur la plage et attendre la réouverture du casino. S’il n’arrive pas à dormir, il ira chez Nestor qui tient un bouge au bout de la jetée. Il ouvre à six heures. Un endroit tranquille où boire son café. A midi, souvent, il y rejoint les pêcheurs pour le pastis et pour parler de ses boires et déboires. Il s’est même fait un ami dans ce troquet qui sent la sardine et le salpêtre : Auguste, un gars de son âge, la trentaine blasée. Auguste n’est pas beau, du moins c’est ce qu’il croit. Faut dire qu’il n’a pas eu un bon départ dans la vie. Chômage, quelques petits boulots, puis à nouveau chômage. La conséquence est souvent le bistrot où ils traînent ses jours comme des chaluts. Chez Nestor, personne ne le juge. Il y rencontre des gars qui le comprennent. Comme Roméo qui l’amène au casino. Ces soirs-là, il se sent un peu plus beau, parce qu’il s’est habillé chic, parce qu’il a mis du parfum qui masque les relents de bouche, parce qu’il a fait la raie sur le côté et mis un peu de gel dans ses cheveux. Roméo aime bien quand Auguste l’accompagne. Il se dit que, finalement, il y a pire que lui.

Honorine a fini tôt ce soir. Aujourd’hui, elle a fait des ménages. Comme tous les jours. D’abord, chez Monsieur Aubin, un jeune retraité aigri, qui ressemble beaucoup à Roméo. Un raté, se dit-elle. Un gars qui a bossé quand il voulait, qui a passé sa vie à la regarder passer, qui s’est contenté de ce qu’il lui arrivait, sans rechigner. Mais maintenant, il se plaint de tout. Bref, il est triste et sans un sou. Ce sont les aides à domicile qui payent les ménages depuis que le médecin a dit qu’il perdait la tête. Après Monsieur Aubin, elle a sauté sur son vélo et fini la journée chez Monsieur Charles. Elle aime bien Monsieur Charles. Il lui parle des deux guerres et de l’entre-deux. Il raconte toujours les mêmes histoires mais Honorine se réjouit de voir l’éclair dans son regard quand il évoque ses jeunes années de trouffion ou quand il parle de ses conquêtes passées en reluquant son derrière. Il va mourir bientôt. C’est ce qu’il veut. Que la faucheuse le prenne. Même si à Honorine ça lui ferait deux heures en moins dans la semaine. Qu’est-ce qu’elle ferait de ces deux heures de libres ? Elle ressasserait sa vie avec Roméo, ce vaurien qui dilapide tout son argent aux jeux. Qui est incapable de tenir un boulot plus d’une semaine. Qui ne lui fait même plus l’amour. Ah pour ça, heureusement qu’il y a Romain pour la satisfaire ! Ce n’est pas qu’il vaut plus que Roméo, le Romain, mais au moins, lui, il est jeune et fort, beau comme un dieu et il ramone sec ! Elle sourit à la télévision en reprenant quelques olives vertes. A quelle heure il va rentrer encore ? Il est déjà minuit et Honorine regarde un documentaire animalier, le regard perdu sur des cerfs qui copulent. Elle envoie un SMS à Romain. Tu viens ? La réponse est instantanée : j’arrive…

29/02 - Auguste