La treille

Au bout du chemin escarpé (http://j.mp/chemin_impossible), ayant parcouru plusieurs kilomètres ballotés dans la voiture comme dans un manège, nous arrivons enfin à la vigne de Cébazan. Chaque vigne, ici, tient son nom de la terre qui la porte, transmis par le découpage du terroir en parcelles qui n’ont aucune existence légale. Les noms des tènements sont exprimés en patois, des appellations que seuls les vieux connaissent. Certains de ces noms perdurent, d’autres pas et sont rebaptisés pour cause de facilité de langage ou parce que, simplement, l’appellation originelle a été oubliée. C’est le cas de la vigne de Cébazan qui tire son nom du village à proximité. Mais LA vigne de Cébazan ne sous-entend pas qu’elle est LA seule, on pourrait dire qu’elle est une vigne de Cébazan parmi les autres. Le fait de la définir par ce pronom « la » dit à tous qu’il est acquis que c’est la nôtre, qu’elle est unique pour nous. La vigne de Cébazan, nòstre vinha.

Il en est de même pour la treille qui se trouve à l’entrée de la vigne, adossée à la cabane aux murs blancs. C’est la treille. La treille de la vigne de Cébazan. Tout ce langage est une évidence de vie. Terre et famille. Notre pays est là, enkysté dans nos corps de possédants mais libre de tout nommage – libre tout simplement. La treille, elle, n’a jamais eu besoin d’être désignée. Nous n’avons qu’une treille et elle est là, immuable, près de la cabane – nòstre barraca, nòstre rasimièra. Tout comme le raisin qui y pousse. Unique. Du raisin de table, de celui qui nous régale au fromage, un morceau de Cantal doux et un grain de Chasselas. A la treille, ne sont cultivés que des cépages nobles, du raisin à consommer frais, à cueillir avec douceur contrairement au Carignan gras que nous devons malmener, piétiner dans les seaux de vendange puis dans les bennes pour en rentrer un maximum à chaque voyage vers la coopérative viticole. La treille est non seulement l’endroit du bon goût mais aussi le lieu du plaisir, de la détente, du meilleur que peut donner cette terre, là, immédiatement, à portée de main : du sucre, du jus plein la bouche et quelques pépins à recracher fièrement.

La treille est en cela conservée et choyée, son berceau de perches et de barreaux de fer entretenu passionnément. Chaque cep, la tête levée au ciel et le corps entrelacé aux tuteurs de bois, parade en esthète de la vigne, fait chair avec la cabane et les souches de raisin mineur qui la jouxtent. La famille en est fière. La treille de la vigne de Cébazan ne mourra jamais, quelque soit le nom qui la rebaptisera.




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