#RatsTaupiers Ceci n’est pas un extrait #2

Le rat taupier sort la nuit. C’est à ce moment-là qu’il est tranquille, apaisé, quand rien ne grouille autour de lui pour le gêner. Tu es pareil, animal rongeur du temps. Le jour est une corvée où tu traînes l’amertume dans les ruisseaux ; ceux qui irriguent les plants de ton jardin mais aussi ceux qui coulent trop forts, qui sont trop rapides. Tu n’aimes pas le haut débit, tu es un besogneux. La tâche doit être dure et répétitive, lente et assurée. La précipitation et l’agitation du jour ne sont pas pour toi. Au crépuscule, tu pointes ton museau. Et dans la pénombre des heures qui meurent, tu accélères comme un train de nuit. Tu peux filer entre les arbres, faire ton trou et franchir les passages à niveau que les gens du jour te jettent à la figure. Un complexe d’infériorité qui te porte à la rareté du mot, à l’anxiété de voir s’étreindre les autres, toi qui ne peux articuler aucune émotion sans défaillir. La nuit te rassérène, te laisse une place dans la vapeur de la sueur des autres. La tienne se sèche à l’eau de Cologne et aveugle comme une taupe, tu fonces vidanger l’angoisse du jour à la lueur blafarde du premier troquet.

Ceci n’est pas un extrait de « Rats taupiers » à paraître le 8 juin aux Éditions des Vanneaux.

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