Décapage

Je le devine derrière la fenêtre et saisis sans voir la levée d’un regard. J’entends tourner la poignée dans un crissement métallique. Je sens mordre ses yeux sur ma nuque. Depuis la vieille fenêtre, dans son grincement aigu si spécifique, il a ouvert un visage troublé entre les deux battants gonflés par l’humidité ; un œil dedans (la nuit) l’autre dehors (le jour) à guetter mon départ, ma démarche, mon envie, et ses regrets aussi.

Je perçois ses pensées dans l’encadrement. Je découpe sa carcasse voilée par l’épais rideau, camouflée comme celle d’un voleur qui aurait manqué son coup. Le front sur la peinture écaillée du chambranle, je vois la mine triste de celui qui sait qu’il ne dit pas assez, de celui qui croit que les belles paroles lui sont interdites.

Planqué derrière sa nuit, il a l'esprit piqué par l’odeur du bois vermoulu. A travers les volets, les mots peignent une fêlure. Il regarde s’enfuir le jour et son amertume décape tous nos silences.

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