Près du sous-bois

Le soleil tombe dans le sous-bois. Il est l’heure. L’heure du silence après l’agitation, après quelques jeux rapides, après avoir planqué les osselets rares derrière l’escalier et frappé les murs en évitant les vitres. Par les fenêtres, le soleil lézarde par tranche et pique les lits d’un rayon vif. Il fait chaud, très chaud et le silence peu à peu gagne sur nos batailles de polochons.
Les corps secoués de derniers soubresauts font grincer les sommiers. Les murmures circulent d’îlot en îlot, sautent et butent sur des respirations tremblantes pour venir mourir sur les derniers rangs. Au fond du dortoir, l’autorité veille. Dans le box, la lampe de chevet est allumée dans l’obscurité fabriquée par des rideaux tendus et noués entre eux pour masquer le soleil. Il faut le silence et il peine à s’installer.
Une ombre chinoise, tête ébouriffée, sort de son repaire, une lampe de poche braquée sur les têtes des récalcitrants. L’angoisse monte et galvanise l’envie de ne pas dormir. Les shorts collent les cuisses, les pieds puent et les yeux restent grand ouverts sur le trop de jour du dehors. Alors rampent les petits mots entre les matelas, petits papiers griffonnés de dessins grivois, bites au cul et chattes poilues – une ronde de rires étouffés à chaque passage de témoin. On lit qu’un tel a fait pipi au lit, qu’un autre est une poule mouillée ou que le mono est amoureux de la directrice. On s’excite, on se cherche, on se touche dans la pénombre qui désinhibe. Perdus des yeux, on s’entiche et on griffonne des cœurs au crayon gris, des équations passionnées à plusieurs inconnues, à charge d’une liaison pour toujours en additionnant nos initiales qui égaleront pour toujours un amour éternel. Et on se promet qu’après la sieste, quand le soleil se sera débarrassé des rideaux, on gravera tout ça à l’Opinel sur le grand pin près du sous-bois.