7 variations sur le même thème #2

  1. C’est à la tombée du jour que les grimaces s’affolent. Entre enfance et pudeur, c’est là que tu t’ébats. Tes yeux roulent pour chasser les poussières. Ton cœur s’écarte pour laisser entrer le jeu. Ton corps convulse aux prémices de l’envoûtement. La petite mort passe. Lentement tes paupières finissent leur course dans les cordes du rêve. J’avale le reste de la nuit comme un vampire pendu à ton cou.
  2. Les choses s’éclairent au pardon des misères. Il y a dans l’absolution une parole claire qui démêle tout écheveau. Pourtant la nuit crée un germe obscur dans le creux d’une chimère. Un gant de crin passe sur la peau du jour. Le grain biffe nos désirs. Une éraflure et on cherche le cri pour éteindre le feu.
  3. Rien n’échappe à nos yeux. Les gestes sont des temples d’où nos prières débordent. Genoux à terre, bouche ouverte, brassée d’air, tout atome compte, chaque mouvement parle. Le silence nous étreint à la caresse des paumes. A la ligne pure de la folie. A quoi bon les mots quand suffit le voyage des corps. 
  4. La blessure est un lien entre nos voix éraillées. On ne tient qu’à un vif. Il faut que giclent les sens comme une fièvre électrique, sans quoi on se prend des coups de tison. Incandescents jusqu’à émouvoir le mal, on n'existe que par la plaie. A la fêlure des lèvres, on suce le sang de nos baisers d’agonie.
  5. On ne voit que ce qu’on veut. Dans le miroir des yeux, un leurre se moque de nous. Si peu dans la réalité que le rêve même est une mauvaise fortune. Nos turpitudes sont des plumes trempées dans le mazout. On s’ébroue, on s’esbroufe pour ne pas voir ce qu’on voit. De nos bouches sort un beurre rance. Des principes périmés à enfiler des perles.
  6. C’est si beau mais si fragile. Nos corps étendus dans un bouillon rouge. Nous abolissons les barrières, démolissons des murs. Mais ils repoussent autant que le crin sur nos langues mêlées. On blèse, on répète, on bafoue. On s’en fout. La fracture est ouverte ; que le sang coule dans nos sourires.
  7. Au courage ampoulé du cicérone tu cherches des poux. La peur t’aide à affronter le désastre de l’arrogance. Tu sais que son assurance ne couvre pas la mort. Aussi saignant soit ton manque, tu lui voles dans le corps comme une poule dans les plumes d’un rapace. Je le sais, je t’ai senti picorer ma chair.

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