Google News Story 03/11/17

Prendre les cinq premiers titres du jour sur google news et tenter d’en faire une historiette.
Titres du jour à 7h57 :

  • Procès Merah : Latifa Ibn Ziaten estime que la justice n'est pas allée « jusqu'au bout ».
  • L'organisation Etat islamique revendique l'attentat de New York.
  • Le compte Twitter de Trump désactivé par un employé du réseau social.
  • Pourquoi les femmes ne devraient plus travailler à partir de ce vendredi.
  • Patrice Evra perd ses nerfs et frappe un supporter.


GOOGLE NEWS STORY – 3 NOVEMBRE 2017


Manon s’est levée tôt, ce matin. Elle doit absolument boucler le dossier sur lequel elle travaille depuis des mois. La plaidoirie a lieu cet après-midi à la cour d’assises.
Elle dépose la pile des pièces sur son bureau, un dossier de cinquante centimètres de haut qui déborde de dépositions, de documents en double, en triple exemplaire, d’assignations, de conclusions, de précédentes décisions rendues dans la même affaire, etc.

Manon doit se réveiller rapidement et aller jusqu’au bout. Elle pense à ça : aller jusqu’au bout, fouiller dans cette tonne de paperasse jusqu’à trouver un axe à sa défense. La justice est trop souvent accusée de ne pas aller jusqu’au bout. Évidemment, c’est l’affaire Abdelkader Merah qu’elle a en tête et la décision rendue hier qui, au-delà de l’opinion et de la colère des victimes, secoue aussi le landerneau judiciaire.

Aujourd’hui, elle ressent encore plus fortement le poids de sa responsabilité. Jeune avocate, c’est le premier dossier important qu’elle doit mener à bien. Elle défend un assassin. Elle en est convaincue. Mais son client a pris le parti de plaider non-coupable, de ne rien revendiquer des accusations dont il fait l’objet. Quand il s’agit d’un crime, c’est Maître Dupont-Moretti qui un jour lui a dit ça dans les couloirs du tribunal, lorsqu’il s’agit d’un crime, il ne te faut rien revendiquer à la place de ton client, suis-le ! Jusqu’au bout ! Il n’y a que les organisations terroristes comme l’EI qui revendiquent leurs crimes, les autres, sont dans le déni. Toujours.
Mais dès lors, comment aller jusqu’au bout ? Manon doute. Au fond d’elle, elle ne sait plus très bien si elle est en capacité de défendre quelqu’un qu’elle sait pertinemment coupable.

Elle lève un instant la tête de son dossier, regarde le jour se lever à travers la fenêtre. Un bleu pur qui ne ment pas et au milieu un long nuage dressé à la verticale comme le bâton de la justice. La justice doit se dresser pour la vérité. Il faut avoir du courage pour l’affronter. Pas simplement dans les cours d’assises mais aussi dans la vie de tous les jours : aussi futiles soient-ils, accomplir des actes qui concourent à un sentiment de justice. Comme couper le compte Twitter du président des États-Unis quand il dit trop de conneries, par exemple. Elle sourit à cette pensée alors que le nuage de la justice poussé par le vent se décompose çà et là, en formant d’abord un point d’exclamation et puis lentement en amorçant une courbe sur le haut, un grand point d’interrogation.

Manon replonge dans les dernières déclarations de son client, cherche la faille, celle qui lui permettrait de prendre le lead, comment on dit dans le jargon. Reprendre l’avantage sur les parties civiles qui, il faut bien qu’elle se l’avoue, mènent pour l’instant le jeu. 
Aller jusqu’au bout ! Elle répète cette phrase dans sa tête comme un mantra.

En face, le procureur, un homme aguerri, plus de trente ans de métier, ne lui fera pas de cadeau. En plus de ses compétences, ce vieux roublard se double d’une misogynie incroyable. Là aussi, il faudra qu’elle aille jusqu’au bout, qu’elle ne se laisse pas dévoyer par ses habituelles blagues lourdingues. L’autre jour – rebondissant sur un communiqué d’un collectif féministe faisant état qu’à partir de ce vendredi, au vu des disparités salariales, on peut considérer que les femmes travaillent bénévolement jusqu’à la fin de l’année – ce mufle a sauté sur l’occasion pour l’inviter à rester chez elle cet après-midi : « Ne viens pas plaider, si tu n’es pas payée ! » lui a t-il asséné en descendant les marches du palais. Un rire gras partagé entre hommes s’ensuivit sans que Manon ne sourcille.
Elle aurait pu s’énerver, avoir envie de le frapper, elle l’aurait fait volontiers. Mais elle a assez à faire avec la violence des autres. Celle de ses clients bien sûr mais aussi celle qu’elle définit comme gratuite. Des actes isolés comme dernièrement celui de ce joueur de foot qui s’en est pris subitement à un supporter sans raison. Un de ces multiples actes qui la laissent pantoise car inexplicables, inexcusables, indéfendables, à part d’invoquer la folie !

Aller jusqu'au bout ? Il est dix heures et Manon n’a pas avancé d’un pouce. Son client sera condamné si elle ne trouve pas une défense viable d’ici midi. Peut-être qu’il en serait mieux ainsi, peut-être qu’elle n’est pas faite pour ce métier, peut-être qu’elle devrait rester à la maison cet après-midi.

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