Enfants de la rue

11 avril

Il y a encore dans la rue des histoires d’enfants que l’on se raconte entre grandes personnes. Des légendes qui traversent le temps et la rue. On les voit courir parfois comme des feux follets entre les pavés disposés là comme des tombes. Elles changent de peau, grossissent ou font semblant de mourir pour mieux renaître. Des histoires qui se disent millénaires, bombant leur torse dans la bouche de certains, perdant leur jus et leur sens pour d’autres qui les passent au moulin à paroles. Chacun y va de la sienne : du voisin bizarre à l’étranger dangereux, du passant au regard de meurtrier au chien maigre et inquiétant qui rôde sur les trottoirs, de la vieille dame acariâtre avec son missel de malheurs au poivrot détraqué assis en tailleur près d’une porte cochère. Des histoires et des fables que l’on se transmet de génération en génération, dont les personnages semblent interchangeables, dont les chutes sont tour à tour défaites et reconstruites par la langue qui évolue. Une langue bien pendue qui dans la rue ressasse et plie des anecdotes pour en faire des contes qu’une fois rentrés dans leur maison, les gens s’efforceront de rendre vivants, comme si nous étions encore des enfants de la rue.

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