Amnésie

20.9.18

La rue perd la mémoire. On la voit se gratter la tête. Sur les toits des nouveaux immeubles, les terrasses fleuries sont hirsutes. Les tuiles des plus anciennes maisons regardent ailleurs à travers le vert de gris. La rue perd la boule. Elle roule dans les caniveaux à la recherche de son passé. 
Un homme passe. Un vieil homme qui ne reconnaît plus rien de la rue aseptisée. De vieux chars tournent dans ses souvenirs. Des chenilles tracent encore la route dans ses pensées ; surtout le soir lorsqu’en un éclair, il croit encore entendre les sirènes du couvre-feu dans le battement de quelques artilleries. Mais la rue ne se souvient de rien. Le bruit des bottes pourtant résonne encore dans la tête du vieux monsieur. Le souvenir gratte les toits. Gravé sur les murs des venelles ou planqué dans les caves sourdes au fracas des canons, le passé doit se taire. Il ne faut pas que la rue se souvienne. 

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