A la claire rivière

Sans titre 1 Hier, c’était le retour tellement attendu de ma progéniture. Deux heures trente d’autoroute pour aller les rejoindre ont eu raison de mon impatience. Dés mon arrivée, je fais le plein d’alacrité. Arthur m’expose toutes ses blessures de guerre infligées par son cousin. Clara virevolte dans sa nouvelle robe rose acidulé. Camille me montre fièrement l’ordinateur portable offert par son beau-père. Papi et Mamie ont toujours un effet novateur sur mes enfants. Je les retrouve dans cette grande maison couverts de cadeaux et beaux comme des Dieux. Ils sont des Dieux pour mes ex-beaux-parents.

Je sirote un panaché débouché avec une sincère amitié par mon ex-beau-père. J’échange avec lui quelques banalités sur sa récolte de tomates et sur la confiture de prunes qui mijote sur la gazinière. Il est déjà 13h et ma mère nous attend pour le déjeuner. Nous rassemblons sacs et cadeaux et nous reprenons la route tous les quatre heureux de se retrouver.

Arrivés sur les lieux, ma sœur et ma mère nous attendent depuis midi et le repas désormais froid gît sur la table de la cuisine. L’ambiance comme à l’accoutumée se tend un peu. Les enfants embrassent leur grand-mère respectueusement et s’écartent rapidement d’elle. Nous devisons sur l’état des routes en plein été et sur le soleil timide de ce samedi. La discussion est heurtée, lourde et sans intérêt. Ma sœur sort du placard des verres pour l’apéritif bienfaiteur celui qui va permettre d’apaiser la lourdeur de notre soudaine promiscuité.

Enclin à dédramatiser une situation dans laquelle je sais être partie tenante, je sers deux whiskies, un avec du coca pour ma sœur, et un, avec juste de la glace pour moi. J’interpelle ma mère pour savoir ce qu’elle veut boire, une fois, deux fois et la troisième fois en élevant ostensiblement la voie. Ma sœur fulmine intérieurement et je suis déjà agacé. Bien sur, je ne devrais pas focaliser ainsi mais sa surdité et sa distance glaciale me prennent chaque fois aux tripes.

Les enfants chahutent entre eux, ma sœur m’explique les déboires de son fils, je lui donne mon avis de tonton et ma mère est déjà isolée dans son silence. Son désarroi est palpable. A plusieurs reprises pendant le repas, j’essayerai de l’intégrer dans la discussion mais en vain. A chaque tentative, les réactions sont vives, la tension monte d’un cran et sa gêne ne fait qu’augmenter.

Après le repas, nous allons faire une balade prés de la rivière. Ma sœur n’est plus là et nous passerons mes enfants et moi le reste de l’après-midi seuls. Maman restera à l’écart coupée de nous, en spectatrice distante d’une convivialité à laquelle elle ne peut plus accéder. Rien n’aura été dit, elle ne saura rien de moi, rien de ses petits-enfants et je ne sais même plus si son trouble évident se porte encore sur son manque de nous.


14 commentaires:

  1. Argh ! C'est Argh ! Encore maintenant je sens ton angoisse à ce sujet.. presque palpable..
    Bises

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  2. c'est étrange cette relation mère-fils. Et dramatique aussi.

    a+

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  3. Il y a les relations mère/fils.
    J'en ai connu des semblables entre père/fille.
    Finalement, comment agissons-nous avec nos fils et filles ?
    les psys prétendent que l'on ne fait que reproduire, non seulement l'espèce mais aussi les genres ....
    J'ose espérer avoir été un peu révolutionnaire et novatrice ....

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  4. Bon! si j'ai bien compris c'est un ultimatum....
    pffffffffffffffff! j'aime pas ça !!!!
    mais comme j'aime bien te lire....

    ouai! c'est vrai suis pas vraiment là en ce moment.... mais j'ai jamais fermé les portes moâ!!!!!

    allez ...sans rancune n'ARF...
    je reviendrai....tu es dans mes "marque-pages"...
    et smouickssssssssssssssss de Hulotte.

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  5. Peux pas trop parler des relations mère-fils, ma mère je l'ai quasi pas connue, mais quel style grands dieux


    ps: la déco est superbe

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  6. .


    elle-c-dit > oui, mais bon, j'y pense, j'écris et puis j'oublie jusqu'à la prochaine fois

    Philippe > dramatique sur certains aspects, pathétique sur d'autres.

    Ô d'ailleurs higher > Je me vois souvent d'en haut utiliser les mêmes mots, les mêmes geste et je me maudis. Parfois, notre éducation, les choses que l'on nous a insidieusement inculquées reviennent sans crier gare. Il faut être vigilant,une vigilance à de tous les instants.

    carhi > content de ton petit mot et de ton suivi. Je n'impose rien tu sais. On suit, on suit pas. On vient, on repart. C'est la vie. Et si les portes se sont fermées, il faut s'en prendre à ceux ou à celles qui n'avaient pas compris le but d'un blog privé.

    drSpirit > Souvent, je pense à celles et à ceux qui n'ont pas ou ou peu connu leurs parents. ça m'aide aussi à relativiser mon manque d'elle et surtout de lui.



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    Hello tout le monde, merci de vos commentaires.
    Journée schtroumfs bien sympatoche sous un soleil radieux.
    vous embrasse
    :)

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  7. Hello, Arf!
    Nous sommes désormais la génération du milieu: fils ou fille de seniors hélas vieillissant et papa ou maman de gamins (ou de jeunes adultes) grandissant. Pas facile comme place mais tellement de bonheur quand même si on cherche bien sous les cailloux de nos chemins...
    De tout cœur avec toi, Arf, pour les bons et surtout pour les mauvais moments.

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  8. 'tain, j'ai du mal à m'y retrouver dans ces blogs. Je suis d'accord avec Epaminondas, les cailloux c'est important.

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  9. oh que oui !(d'après le com de snake)

    idem sur le silence absolu avec ma mère (donc relation mère-fille) comme quoi ce n'est pas l'oedipe mais la communication qui est défaillante, ainsi que le système de conventions sociales= l'éducation, qui est le pilier ...

    souvent, nos parents campent dans leur époque, alors que le monde évolue ....

    bise

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  10. .


    epamin > merci madame ! j'essaye de garder que les bons ! :)

    snake > tu jures toi ? 'de dieu, tout fout le camp ! puis, c'est pas bien d'être ironique avec la dame là haut. Moi aussi, j'aime bien les p'tits cailloux qu'on séme sur nos routes ;-)


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    la belle journée à vous !


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  11. .

    hey flo, on a commenté en même temps. Tu as bien résumer ma pensée là. C'est tout à fait ça plus une avarice de démonstration d'affection qu'elle m'a également léguée.

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  12. ce tableau d'un après midi (presque ordinaire) m'a touché... fait résonnance sur ce que j'ai pu vivre avec ma mère...

    et finalement c'est la distance qui nous a rapproché ma mere et moi(je suis en métropole, elle est dans mon île chérie), la distance, les ecrits, et une dépression où mon coeur mis à nu lui a fait dire que je reproduisais ce qu'elle avait vécu...

    Une thérapie et deux enfants plus tard... je me dis que les choses ne sont pas simples, qu'il est difficile de pénétrer l'enveloppe de l'autre : sa mère, son conjoint, son enfant...

    J'oscille entre reproduire et me défaire :)et je me demande souvent comment seront mes relations avec mes enfants lorsqu'ils seront adultes ? les mots ne manquent pas ici, mais suffisent ils toujours ?

    ps en vrac : je ne sais pas si je suis claire, et aussi ton blog est tres sympa :))

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  13. .

    Bienvenue ici, Mu :)

    J'aborde ici me semble-t-il un sujet très partagé, malheureusement.
    Pénétrer l'enveloppe de l'autre quand je redouble d'effort pour ne pas qu'on pénètre la mienne n'est pas chose facile.

    Merci pour ce commentaire éclairé ;-)

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  14. difficile parfois de connaitre la limite entre le présence et l'observation de loin , ne pas piétiné la plate bande liberté de l'autre, et de démonstrations qui arrivent souvent trop tard...

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