Space invader

image C’est une tache de soleil, qui bouge autour de moi : le reflet d’une montre, d’un téléphone aux touches miroir ou d’une barrette à cheveux qui, à la faveur d’un mouvement involontaire, va chercher à cueillir mon attention, s’amuser de moi. Elle tourne, figure de feu en deux dimensions, saillante quand elle touche les angles, elle s’effile, se gonfle puis se dégonfle au survol des masses sombres ou dans la transparence des objets. Elle flâne, régresse, toupille, on dirait qu’elle me cherche des noises, celle-là ! Protéiforme véhicule dans l’air, elle s'égaye de son camouflage à deux balles. Elle se change en fusée lunaire, en « space invader » aux pattes velues ou en « crop circle » en plein dans mon champ de vision. Parce que c’est bien ça qu’elle cherche, cette bestiole virtuelle, cette luciole de plein jour : elle en veut à mon œil, elle veut m’atteindre, m'exploser la pupille pour aveugler ma route, alors elle joue à cache-cache avec mon corps pour passer de l’ombre à la lumière en une fraction de seconde. Elle flotte sur ma tête, parcourt mon front dans une danse tribale, se frotte à mes sourcils et dégaine ses fils d’or de sale bête qui agace. Mais elle n’est pas seule, elle est manipulée de loin par des forces obscures. Elle s’agite grâce à des téléguides armés qui gloussent dans l’espace pour trouver l’angle et la bonne distance qui permettront d’ajuster le tir et taper dans le mille. Le mouvement est précis, je suis cerné, la cible est identifiée, il n’y a plus qu’à stabiliser. Allo la base, feu ! Et elle s’écrase sur mon œil, me titille l’iris et rabat mes paupières sous le picotement de quelques larmes. Objectif atteint, vous pouvez désarmer. Victorieuse, la tache de soleil se pâme un instant derrière les volets et disparaît à jamais sous de grands éclats de rire dans l’ombre.

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  • 16.7.11

Un bruit immuable

Jeux d'enfants - http://sportiello.artblog.fr/347559/Jeux-d-enfants/ C’est la récré et le bruit d’abord sourd comme un grondement de tonnerre explose rapidement, avant même que la sonnerie stridente ne cesse de retentir.

Matin, midi et soir toujours le même bruit.

Des cris acérés d’enfants comme autant d’exhortations à la liberté se mélangent à la cadence rapide des pas qui foulent l’escalier. Les cartables cognent les rampes en fer et se fripent sur les murs des coursives. Les disputes grondent à chaque étage emportant les faibles bousculés dans des colères éphémères tandis que les gouailleurs filent sans les regarder. Les plus intrépides sautent quatre marches d’une seule enjambée et les rebonds des baskets frappant le palier résonnent comme les percussions de la parade.

Toujours les mêmes sons des plus vifs ou plus doux, une gamme complète, identique, quelle que soit la cour d’école.

Et puis le désordre ronflant déborde en grande coulée. Il envahit le préau, se faufile entre les poteaux, se cogne aux voûtes, s’arrondit et lâche son écho qui remonte l’escalier titiller les oreilles des professeurs restés en classe. Il se propage et continue sa course dans la cour où il se divise dans chaque recoin en petits cercles malicieux.

Les aiguës filent prés des toilettes et les portes qui claquent, puis les chasses d’eau qui soufflent viennent couvrir pour un temps le piaffement pointu des filles. Les graves, qui n’en sont pas encore, muent vers le terrain de jeu et les coups de pieds dans les ballons oubliés rejoignent la chorale criarde des mauvais garçons. Dans l’éparpillement, une partition élastique s’échappe de l’enceinte et se verse en traînée gazouillante dans les rues adjacentes. Les oiseaux apeurés sont délogés du creux des platanes de la cour et rejoignent le cortège ajoutant leur pépiement à la gamme fuyante.

Et les passants, les voisins de profiter alors du meilleur du bruit ainsi élimé, passé au crible de l’espace et de la distance. Ils n’en recueillent que le nectar, un seul babillage enveloppé de la nostalgie de l’enfance, le même toujours le même, immuable mélopée du bruit exquis des enfants dans la vie.

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  • 18.6.10

L’accouchement

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Avril 1999. Elle va arriver d’un jour à l’autre. Sa future mère semble être gonflée à l’hélium. Elle ne décolle pas pour autant. Comme aimantée au sol, elle arpente l’appartement avec peine. Le chemin de la chambre au salon nécessite d’être finement calculé. Aucun obstacle ne doit barrer la route. Une halte s’impose dans le couloir et appuyée contre le mur, il est indispensable qu’elle reprenne son souffle. Inspirer lentement, expirer fortement et le périple peut continuer. Elle va mieux, je suffoque… Les premières chaleurs sont gênantes et la délivrance promise tarde à venir. Je suis pris dans un remous de sentiments divers. Voir ma femme dans un tel état est pour moi à la fois une douleur collatérale et une joie annoncée par tous comme disproportionnée. Malgré ce, les derniers jours s’écoulent paisiblement jusqu’à ce 3 avril où elle ouvre une boîte de cassoulet. La poche protectrice du divin enfant se perce brusquement appelant dans le même temps la conserve à se vider de son contenu dans l’évier à proximité.

20h clignotent sur la face-avant du micro-ondes. Panique, sueur froide, fixation, temps suspendu. Il faut désormais faire vite. Je la soutiens d’un bras tandis qu’elle s’obstine à récupérer le cassoulet dégoulinant. Elle me regarde apeurée et déconfite, puis s’accroche à mes épaules. Maintenant qu’elle saisit que le moment si attendu est devant nous, elle lâche la conserve vide et me serre dans ses bras. Pour être plus exact, elle m’entoure puisque son ventre rebondi fait largement barrage à cette étreinte de circonstance. Nous restons quelques secondes ainsi enroulés puis rassemblons nos esprits et les bagages pour prendre fissa la route vers l’hôpital.

Allongée sur un lit dans une salle d’entrée prévue pour les urgences, ma femme gît désormais tel un cétacé échoué sur une plage normande. Je tourne dans la pièce comme un lion en cage ou plutôt comme une mouette qui tourbillonne autour d’un gros mammifère des mers de peur qu’on le lui vole. Voilà deux heures qu’on est là sans que personne ne s’inquiète. Nous avons été accueillis par une sage femme certes attentionnée comme son titre l’indique mais nous ne disposons d’aucune d’information sur les prochaines étapes. Pour passer le temps et nous rassurer, je calcule scrupuleusement les minutes séparant chaque contraction. Naturellement les minutes se réduisent et à chaque fraction de seconde disparue, une dizaine de gouttes de sueurs supplémentaires se répandent sur nos fronts respectifs.

22h30. Une espèce de bédouin moderne à calot vert intervient et annonce froidement à notre sage femme que l’arrivée de la promise ne se fera que demain. C’est sur ces paroles lapidaires et sur son lit de convalescence que ma baleine gagne lentement le large hospitalier vers une chambre plus cosy. La nuit s’allonge agitée jusqu’au petit matin par de petits cris tantôt graves et rauques, tantôt aigus et stridents. Nous ne dormons pas et nos valises au pied du lit se réfugient lentement sous nos yeux. En fin de matinée, les spasmes s’espacent et repus nous nous assoupissons. Et elle à l’intérieur du grand tout, sommeille-t-elle aussi ? Sachant qu’elle ne vit pas encore complètement, mon cétacé et moi concluons qu’elle s’accorde une pause avant le sprint final.

Je me réveille quelques minutes avant elle. Je la regarde. Malgré ses traits tirés et son visage angoissé, elle semble maintenant plus paisible. Tandis que je m’asperge le visage d’eau glacée, elle se réveille et examine attentivement la montagne flottante qui remonte jusqu’à l’orée de ses volumineux seins. Notre future fille est là au chaud, encore couvée mais prête à jaillir.. Elle n’a pas eu le temps de décrocher un mot émouvant sur la situation que les contractions redoublent d’intensité. Face à ces douleurs plus pointues, je sens bien alors que le moment se fait imminent.

A partir de là, tout s’accélère. Sage-femmes, gynécologue, anesthésiste, infirmières. De notre relative tranquillité, nous nous retrouvons entourer d’une troupe de farfadets excités qui gigotent dans tous les sens. Je saisis sa main pour lui confisquer un peu de douleur mais je ne sens désespérément rien si ce n’est nos cœurs qui accélèrent à chaque poussée suffocante. Je perds la notion du temps et ne sais plus que faire pour soulager ses souffrances sur lesquelles, je m’aperçois vite, je n’ai aucune prise. Ma main crispée dans la sienne, à la limite de la crampe de phalanges, je me contente bêtement de grimacer puis de répéter comme un perroquet les indications du médecin. L’imitation du petit chien me parait grotesque mais je me surprends à singer ma femme expulsant des « tchou-tchou » haletants plus proches d’un train de fret que d’un canidé érudit. Le travail, comme ils disent, fait son chemin tandis que son visage se délivre peu à peu des traces de la nuit. La livraison est proche. De deux, nous allons passer à trois. Je ne pense évidemment pas au choc qui va survenir dans les prochaines minutes.

Tandis que mon cétacé lâche un dernier râle digne des plus grands prédateurs terrestres, la montagne flottante s’esclaffe sous mes yeux ébaubis. Je n’ose pas regarder plus bas. J’entends un bruit plasmatique dégoulinant, un peu comme la conserve de la veille, et dans la foulée, apparaît un être nain recouvert d’une fine membrane transparente. Cet être sorti d’un trou noir, cette fille, notre fille portée par des mains vertes caoutchoutées s’échoue tendrement sur la poitrine libérée de ma femme.

Il est 16h05, dimanche 4 avril 1999. Camille est née et nous avons oublié de nettoyer l’évier souillé de cassoulet.

  • 16.5.10

Un triple cocktail bien frappé

En regard de nombreuses choses de la vie, ils me soutiennent sans le percevoir. Il vient de s’écouler tendrement une semaine emplie d’eux au plus prés de moi, quelques jours denses à partager avec sourires violents et cris doux, contes d’adultes et mémoires d’enfants. Une semaine qui me réconcilierait presque avec les fêtes de fin d’année. La somme de tout mon amour se démultiplie dans trois petites âmes diablotines. Trois fois plus qu’hier, trois fois moins que demain.

Trois. Le triangle parmi les triangles si présents dans ma vie. Trois têtes folles gorgées de délires d’enfants et de douceur de vivre. Anecdotes malicieuses, jeux charmeurs, doutes de pré-ado, hystéries de gamins, espiègleries de papa. Associer puis mélanger le tout et servir bien frappé. Un cocktail que j’aime secouer et savourer en toute circonstance. Et quand j’ai le plaisir qu’on me le serve sept jours durant, je prends plusieurs gorgées sans jamais me rassasier. Je salive et bois sans retenue le breuvage gouleyant pour enfin mesurer, lorsque les ingrédients manquent, combien il compose le fruit de mon existence.

Mes enfants, leurs jeux, leur vie d’un mètre quarante et leur amour délicat juste posé là sur moi. Toujours.

  • 4.1.10

Le mardi soir en suspend

Demain, ils sont de retour. Le mardi soir est MON soir. Les seuls amours incontestables et incontestés de ma vie vont réinvestir la maison. Camille, Clara, Arthur, trois petites âmes montées sur pattes courtes vont à nouveau arpenter les lieux, inspecter les moindres recoins à la recherche du changement. Vont-ils apercevoir les effets féminins oubliés par inadvertance ? Certainement. Pour autant, ils ne m’en parlent jamais.

Le mardi soir suivant les « week-end off », est toujours une soirée de réglage. La semaine a été longue, riche en histoires, en changements, en proximité avec leur mère. Lorsque soudain ils se retrouvent plonger dans leur autre univers, un moment d’adaptation est inévitable. Camille retrouve peu à peu ses marques, débarrasse délicatement son coin de table pour faire ses devoirs. Les endroits de la maison prédisposés pour étaler son sac, son téléphone portable et son attirail de nouvelle collégienne doivent être mentalement replacés dans leur contexte quotidien. Les automatismes sont à reconsidérer. Arthur, lui, se moque de tout ça, toujours bien partout et surtout nulle part. Les années passent et il ne descend toujours pas de sa 4ième dimension. Clara, quant à elle, retrouve avec plaisir sa chatonne, la prend dans les bras à plusieurs reprises et soudain se remémore – choquée - que la féline conserve un coup certain pour la morsure taquine et les griffures espiègles.

Le mardi soir, je suis heureux. Je me pose devant eux, attentif. Accoudé sur la table de la cuisine, les mains sur les joues, je les regarde évoluer dans la pièce. Je les suis du regard et inspecte leurs gestes. J’écoute leurs vies battre, sensible aux mutations de leurs corps et de leurs esprits. Je verse par la suite quelques mots paternels. Je passe de la douceur qu’ils m’intiment, à la fermeté éducative que je me dois d’apporter. Parfois sur des repères essentiels, je sens quelques points d’inflexion entre l’initiation maternelle et la mienne. J’y pense et puis ils se chargent de me faire oublier.

Ils se couchent quelques heures plus tard sur ce mardi en suspend. Le silence se fait dans leur chambre désormais sombre. Je les embrasse. Je suis fier d’eux. Avant de sortir, je leur lance mon amour dans l’entrebâillement de la porte. Je m’assure de la bonne fermeture de la chambre pour ne pas que la chatonne les réveille et je grimpe dans ma tanière, apaisé et satisfait.

Cette soirée va sûrement disparaître cet hiver. Leur maman doit s’éloigner de mon domicile. Une distance supplémentaire va se créer. Peut être est-ce mieux pour eux ? Moins de mouvements, moins de dispersions, plus de calme. Même si parfois ces soirs là j’ai le sentiment de leur compliquer la vie pour mon simple plaisir, il va falloir que je m'accommode de cette perte du mardi.

  • 21.9.09

Un smiley me tire la langue

imageAujourd’hui, rentrée des classes. Les miens au nombre de trois de tailles approximativement égales rentrent respectivement au CM1 pour les jumeaux, en sixième pour l’aînée. Nom de dieu, déjà la sixième ! Voilà que mes tempes grisonnantes accueillent deux ou trois mèches cendrées supplémentaires !

Je ne suis pas avec eux ce matin lorsqu’ils se lèvent de leur courte nuit. Je m’extirpe de mon lit un peu vaseux, la tête emplie de choses diffuses et anxiogènes. Après le café opportun, je chasse quelques idées noires et pointe mon nez sur la date du jour. Mon nuage matinal s’éclaire et je pense à eux.

Clara doit râler à cause de sa place de numéro deux pour la salle de bains. Arthur a sûrement crié « preum’s » dès le premier pied posé au sol et l’aura ainsi prise de vitesse. J’imagine Camille dans sa chambre, son sac et ses habits tout neufs bien rangés prés de sa table de nuit. Pendant que ses cadets se disputent la toilette matinale, je la vois s’affairer à ses derniers préparatifs avec calme, impassible malgré son cœur tambourinant dans son petit thorax. Leur mère s’agite, les presse, les encourage et les embrasse plus que de raison.

A 8h12 (oui, c’est précis), j’envois un SMS à ma grande, leur souhaitant une bonne rentrée sans oublier de joindre au message un gros « Je vous aime » encourageant. Va suivre une live-rentrée via SMS.

8h22, bip-bip. Ils déjeunent goulûment et personne ne se plaint du bol de chocolat renversé sur le jean de Maman. Sauf elle, peut-être. 8h42, Arthur ne sait pas où il a mis son cartable. C’est la cata., l’affolement général. Clara ne veut surtout pas se taper un retard à cause de son nigaud de frère. Camille s’en moque, elle, elle est grande et ne rentre qu’à 10h30. 8h52, ils sont sur le chemin de l’école primaire. Les deux zigotos déboulent dans la cour de récrée bondée et disparaissent dans un flux grouillant. Camille cesse les SMS malgré mes deux rappels : « hého, ils se passent quoi là ? ».

10h21, « Papa, je t’aime. J’éteins le tél., j’entre :-P ». Son dernier smiley se transforme sur mon téléphone en une tête ronde jaune qui me sourit et me tire la langue sur le côte gauche. Je ris, mon collègue de bureau me regarde surpris et mon angoisse resurgit.

  • 3.9.09

Au boulot !

« Pouah ! » m’écriais-je. De retour au boulot, après quinze petits (trop petits) jours de vacances. Un bilan mitigé. Une semaine hors du monde à me raconter et à écouter, à m’attendrir et à disséquer. De bons moments de sérénité se sont ainsi dévoilés comme un éphémère songe. Une seconde semaine d’inflexion. Heureusement les enfants, toujours là quand Papa plie (ploup !), étaient là pour me bouger sinon je me serais bien coulé dans la monotonie estivale. Une soirée twitter pleine de sympathiques rencontres a clôturé mes congés finalement apaisants.

Ce matin, la routine a repris le dessus. Réveil, clope, voiture et discussion autour de la machine à café. Une journée étrange sans sonnerie de téléphone ou presque. A croire que France Telecom avait débranché un truc dans ses installations. Un calme relatif avant la bourrasque de septembre. J’erre désormais entre attente et actions posées. Le climat n’est pas très favorable mais il paraît que de beaux projets professionnels sont sur le feu. Wait and see.

  • 17.8.09

Mes enfants sont formidables

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Le 10 juin.

Hier, c’était schroumpfs day. J’ai retrouvé les trois loupiots devant la grille de l’école. Chaque mardi, il me semble qu’ils ont grandi. Cheveux finement coupés et look de badboy pour l’un, nouvelles boucles d’oreilles roses, petit top encore rose  assortis de petites chaussures ouvertes toujours roses pour l’une et stylie (prononcez staïlie hein!) jeans-converse-jeune-ado-trop-de-la-balle pour la troisième.

Gais comme des pinsons, la semaine va être passée en revue. « Oh Papa, regarde un télé Z ! » me lance Arthur en courant après un basset aux oreilles rampantes. Clara me scrute du regard m’appelant à écouter attentivement une chose de la plus haute importance. J’écoute, suis toute ouïe. « Papa, avec mon amoureux on s’avait divorcé vendredi car on s’était marié mercredi et aujourd’hui on s’aime encore plus que toujours ». Camille éclate de rire. Arthur tire les oreilles à Télé Z et je suis tendrement heureux.

Arrivés à la maison, je connais désormais tous les rebondissements de la semaine ou presque. Ce matin, en les ramenant au centre aéré, un oubli ! Camille n’a pas raconté sa visite du collège. L’année prochaine, c’est la sixième, classe des plus importantes. « C’était calme et un peu froid » me dit-elle inquiète et elle ajoute : « Tu te rends compte, Papa, dans la cour, personne ne court, ni ne joue. On dirait qu’ils sont tous malades » L’ambiance change ma chérie, tu deviens grande et le collège, ce n’est plus pareil. Mais tu verras, tu t’y feras très vite. Voilà les quelques mots basiques que tous les parents doivent dire à leurs enfants en pareilles circonstances. Elle poursuit le récit de sa visite, les grands couloirs, les grandes salles obscures. « Il y en a une qui est numérotée H1 » s’exclame-t-elle. Oui, ça fait un peu grippal comme numéro quand même !

Je dépose mes trois mouflets devant la grille. Désormais, il faut un badge pour pénétrer dans l’enceinte du centre aéré. Badge que je n’ai évidemment pas. Allez !  A la courte échelle pour passer la clôture ! D’abord, la spartiate rose, et hop ! Par-dessus. Ensuite, la converse multicolore peinte au stabilo boss et hop ! Pour finir, les deux pieds en même temps du beau petit gosse à la mèche rebelle. et dernier hop !

Ciao, mes poulets, à vendredi !

  • 8.8.09

A la claire rivière

Sans titre 1 Hier, c’était le retour tellement attendu de ma progéniture. Deux heures trente d’autoroute pour aller les rejoindre ont eu raison de mon impatience. Dés mon arrivée, je fais le plein d’alacrité. Arthur m’expose toutes ses blessures de guerre infligées par son cousin. Clara virevolte dans sa nouvelle robe rose acidulé. Camille me montre fièrement l’ordinateur portable offert par son beau-père. Papi et Mamie ont toujours un effet novateur sur mes enfants. Je les retrouve dans cette grande maison couverts de cadeaux et beaux comme des Dieux. Ils sont des Dieux pour mes ex-beaux-parents.

Je sirote un panaché débouché avec une sincère amitié par mon ex-beau-père. J’échange avec lui quelques banalités sur sa récolte de tomates et sur la confiture de prunes qui mijote sur la gazinière. Il est déjà 13h et ma mère nous attend pour le déjeuner. Nous rassemblons sacs et cadeaux et nous reprenons la route tous les quatre heureux de se retrouver.

Arrivés sur les lieux, ma sœur et ma mère nous attendent depuis midi et le repas désormais froid gît sur la table de la cuisine. L’ambiance comme à l’accoutumée se tend un peu. Les enfants embrassent leur grand-mère respectueusement et s’écartent rapidement d’elle. Nous devisons sur l’état des routes en plein été et sur le soleil timide de ce samedi. La discussion est heurtée, lourde et sans intérêt. Ma sœur sort du placard des verres pour l’apéritif bienfaiteur celui qui va permettre d’apaiser la lourdeur de notre soudaine promiscuité.

Enclin à dédramatiser une situation dans laquelle je sais être partie tenante, je sers deux whiskies, un avec du coca pour ma sœur, et un, avec juste de la glace pour moi. J’interpelle ma mère pour savoir ce qu’elle veut boire, une fois, deux fois et la troisième fois en élevant ostensiblement la voie. Ma sœur fulmine intérieurement et je suis déjà agacé. Bien sur, je ne devrais pas focaliser ainsi mais sa surdité et sa distance glaciale me prennent chaque fois aux tripes.

Les enfants chahutent entre eux, ma sœur m’explique les déboires de son fils, je lui donne mon avis de tonton et ma mère est déjà isolée dans son silence. Son désarroi est palpable. A plusieurs reprises pendant le repas, j’essayerai de l’intégrer dans la discussion mais en vain. A chaque tentative, les réactions sont vives, la tension monte d’un cran et sa gêne ne fait qu’augmenter.

Après le repas, nous allons faire une balade prés de la rivière. Ma sœur n’est plus là et nous passerons mes enfants et moi le reste de l’après-midi seuls. Maman restera à l’écart coupée de nous, en spectatrice distante d’une convivialité à laquelle elle ne peut plus accéder. Rien n’aura été dit, elle ne saura rien de moi, rien de ses petits-enfants et je ne sais même plus si son trouble évident se porte encore sur son manque de nous.


  • 19.7.09

Nice day

image Le mardi est, depuis maintenant quatre ans, une journée particulière. C’est le « schtroumpfs day ». Chaque semaine, le même rituel ; je récupère mes trois enfants à la sortie de l’école, heureux comme un gamin et stressé comme un père.
La première à montrer le bout de son nez est toujours Clara. Elle court, me saute dans les bras, m’attrape la tête et colle sa bonne joue rose contre la mienne : « Aïeuuuu ! tu piques Papa ! ». La seconde, Camille, arrive nonchalante de la grande école, à quelque pas de celle des jumeaux. Son pas est lent, son sourire stoïque, elle chaloupe jusqu’à moi et à chaque fois, je regarde cette interminable marche en me disant qu’elle a encore grandie. Elle s’approche de moi : « Yep ! Papa ! ». Il en manque encore un et non des moindres.
Quelques minutes après (en fait, il s’agit de secondes mais le temps d’attente d’un parent devant l’école est beaucoup plus long que dans d’autres situations), nous voyons débouler une tornade bleue. Une espèce de météorite jaillit de la cour de récréation, franchit le portail blanc de l’entrée et percute le mur d’en face. Scotché pendant quelques fractions de secondes, les baskets raclent ensuite le sol, et après, un saut inter-galactique sur un banc public qui fait office de rampe de lancement, l’aérolithe, je ne sais pas trop comment, atterrit sur mes pieds. Génuflexion, extension, et le voilà agrippé autour de mon cou : « Hey papa j’ai eu A+ à la dictée maman m’a dit qu’elle allait me donner 5 euros c’est beaucoup 5 euros hein papa ? 5 euros oh, je suis trop content ! c’est de la balle ! trop trop content et en plus, j’ai pas fait de fautes à « miniskes ». Suis trop fort nan papa ! Suis trop fort hein ?! ». Bonjour Arthur« miniskes ? ». J’ai appris par la suite par Clara qui parle couramment « l’arthurois » qu’il s’agissait du mot « ménisque »…
Nous sommes désormais au complet pour la soirée. Dans la voiture qui nous amène à la maison, les discussions vont bon train sur la journée écoulée. L’intensité des évènements me surprend toujours. Cela va vite et les anecdotes sont poignantes. La meilleure copine de Camille a maillé son collant tout neuf cet après midi. Le super-pote-de-la-mort-qui-tue d’Arthur a perché son nouveau et super-beau ballon rouge et bleu (qui tue lui aussi) sur la plus haute branche du grand peuplier trônant dans la cour. La maîtresse de Clara sera absente deux heures consécutives jeudi prochain et que même, ma douce ronchonneuse devra aller dans la classe des plus grands. J’écoute, m’insurge, m’interroge, donne mon avis sur tous ces problèmes aussi existentiels pour eux qu’ils sont futiles pour moi. Les rires fusent et leurs cris stridents me ravissent aux premiers kilomètres, m’indisposent au bout de dix minutes et finissent par m’exaspérer une fois arrivés à destination. Il faut dire que la résonance de la cage de faraday de la voiture n’arrange rien au volume toujours au maximum de la voix de mes ouailles.
Il est déjà prés de 18h30 lorsque la séance des devoirs commence. Camille survole mais se ballade allègrement de la géo., aux maths en passant par son activité théâtrale favorite. Clara, sérieuse, s’applique et rivale de sa sœur, s’assure qu’elle va bien finir au moins dans le même temps que son aînée. Mais où est Arthur ? Bien que dans l’espace il soit bien visible devant nous, il est ailleurs dans une autre sphère. Toujours en mouvement, sa jambe frétille et tape sous la table de la cuisine. Le bruit provoqué par la petite cuillère qui titille le verre sous l’effet de son petit jeu lui provoque un rire déstabilisant. Je le prie de s’arrêter et de se concentrer sur son travail. « T'as vu le bruit que je fais, papa, avec mon miniske ! » Un « running gag » de plus qu’il sait manier avec grande pitrerie et qui ne manque pas de faire rire aux éclats son auditoire tout acquis.
21h00, après un repas haut en couleurs, mes schtroumpfs s’endorment. Demain, je les déposerai au centre aéré. « Trop bien le centre aéré, Papa, je vais faire un masque en tissu de peau (?) ». Bisous mon tutur. « A mardi prochain, Papa, je t’aime mais pfff… j’aime pas le centre aéré ». A mardi, ma clacla., t'aime aussi. « Yo ! Tape z’en cinq, Papa ! » Tcho! ma cam’.
  • 15.7.09