Ma voix off

Je dors peu ces derniers jours et mes nuits blanches sont propices à la réflexion. Je réfléchis sans trop voir le reflet de mon visage comme si j’étais sorti de mon corps. Vu d’en haut, je me toise et me commente. Un peu comme si j’étais ma propre voix off.

Toujours prédisposé à l’auto-analyse, j’explore ma vie comme un Alain Decaux relaterait la prise de la Bastille. En moins révolutionnaire, rassurez-vous. J’aime imaginer le billet qui va naître sous mes doigts lorsque je suis ainsi plongé sur moi en travelling avant. Est-ce le besoin de me raconter qui me guide ou est-ce une véritable introspection qui passe par le verbe ? Certainement, un peu des deux. Les propos dictés en sourdine depuis ma position haut perchée se troublent souvent de répétitions et d’incohérences notoires. Agencer tout ça pour que cela revête une forme lisible m’aide malgré tout à organiser ma pensée.

Cette propension à me regarder vivre comme si j’étais mon propre juge n’est néanmoins pas nouvelle et n’a pas attendu mon besoin plus récent d’écrire. Déjà tout petit, je percevais le regard des autres comme s’il était mien. Je percevais mes propres défauts et faiblesses comme si quelqu’un d’autre m’en faisait part. C’est étrange comme sensation. Cet effet est d’autant plus troublant lorsque, quelques temps plus tard, je retrouve vraiment ce jugement dans la bouche d’un proche. La sentence est alors précipitée. Trop prés de ce que je sais déjà, la personne est alors rapidement éjectée de ma bulle.

"Misanthrope à tendance schizophrène" statuerait rapidement mon psy si j’en avais un. Oui, s'il faut mettre un terme, je l’accepte. Dans tous les cas, j’ai avancé et avance vers une rencontre avec moi. Cette élévation imparfaite reste un bon moyen de me comprendre à défaut de m’aimer totalement.