Ma voix off

Je dors peu ces derniers jours et mes nuits blanches sont propices à la réflexion. Je réfléchis sans trop voir le reflet de mon visage comme si j’étais sorti de mon corps. Vu d’en haut, je me toise et me commente. Un peu comme si j’étais ma propre voix off.

Toujours prédisposé à l’auto-analyse, j’explore ma vie comme un Alain Decaux relaterait la prise de la Bastille. En moins révolutionnaire, rassurez-vous. J’aime imaginer le billet qui va naître sous mes doigts lorsque je suis ainsi plongé sur moi en travelling avant. Est-ce le besoin de me raconter qui me guide ou est-ce une véritable introspection qui passe par le verbe ? Certainement, un peu des deux. Les propos dictés en sourdine depuis ma position haut perchée se troublent souvent de répétitions et d’incohérences notoires. Agencer tout ça pour que cela revête une forme lisible m’aide malgré tout à organiser ma pensée.

Cette propension à me regarder vivre comme si j’étais mon propre juge n’est néanmoins pas nouvelle et n’a pas attendu mon besoin plus récent d’écrire. Déjà tout petit, je percevais le regard des autres comme s’il était mien. Je percevais mes propres défauts et faiblesses comme si quelqu’un d’autre m’en faisait part. C’est étrange comme sensation. Cet effet est d’autant plus troublant lorsque, quelques temps plus tard, je retrouve vraiment ce jugement dans la bouche d’un proche. La sentence est alors précipitée. Trop prés de ce que je sais déjà, la personne est alors rapidement éjectée de ma bulle.

"Misanthrope à tendance schizophrène" statuerait rapidement mon psy si j’en avais un. Oui, s'il faut mettre un terme, je l’accepte. Dans tous les cas, j’ai avancé et avance vers une rencontre avec moi. Cette élévation imparfaite reste un bon moyen de me comprendre à défaut de m’aimer totalement.


21 commentaires:

  1. Lecture faite... rien à dire ou à redire, tu te connais mieux que quiconque... alors... je te cite "Cette élévation imparfaite reste un bon moyen de me comprendre à défaut de m’aimer totalement."... parce que c'est joliment, parfaitement écrit et vrai aussi. Bise. vdc

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  2. Bonjour Mr Arf,

    De retour après un beau voyage que j'évoquerai peut-être, j'essaye de vous suivre à travers les méandres ( où je m'y perds un peu) et les longueurs des fils de la toile... car il serait dommage de mettre un terme au mètre (ou au maître ?)
    JF

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  3. ça me parle ...
    comment vivent-ils, ceux qui ne s'introspectent pas ? Plus heureux? Plus inconscients ? Et durant mes nuits d'insomnie, à l'heure où ça tourne en boucle dans la tête, se rappeler qu'on est là, réellement. Vivants. Donc imparfaitement heureux.

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  4. Tu dis:"Dans tous les cas, j’ai avancé et avance vers une rencontre avec moi."
    Un point...Continue...Essaye encore (C'était la voix off de l'ordimini de ma louloute!)et toujours (ça c'est d'Epamini!
    Ma voix off ne m'a pas toujours été bénéfique, hélas! Aujourd'hui, elle est toujours là mais elle me sert uniquement à savourer les bons moments que je vis. Je suis à la fois actrice (non, non, je n'ai rien d'une star d'Hollywood, mais vraiment rien!) dans ces bons moments et également spectatrice. Tout vient à point qui sait ... comprendre!

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  5. et là, tu as exactement le mouvement et le regard de Matthieu K. dans Amélie... sauf que ce regard saisit le tien chaque jour un peu plus.
    (j'aurais pu écrire autre chose)

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  6. Cette petite voix qui nous fait rester lucides

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  7. tiens, tu as changé des choses twa...... :)

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  8. J'ai failli m'en aller ne voyant plus de bleu! Ce n'est pas le 1er avril pourtant!

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  9. Pas futile, ce billet... L'écriture publique et l'introspection privée se nourrissent parfois l'un l'autre, sans doute parce qu'écrire publiquement nous oblige justement à sortir de nous-mêmes.

    Géniale, l'idée des liens sur les mots... on pourrait y passer des heures !

    @Epamin': la voix off de l'ordimini (ordibaby ?) m'a rappelé celui de ma petite soeur, il y a des années... Cette voix d'outre-tombe horrible : "c'est bien, un point", "bravo", "super !" AAAAhhh !

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  10. c'est comme un tableau noir... et toi, tu traces tes mots à la craie...

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  11. vdc > rien à redire, pourtant, souvent j'ai l'impression de redites.

    JF > content de vous retrouver ici et bienvenue.
    un thermomètre pour ma tempe et ratures de mon front plissé.

    Manue > imparfaitement heureux ou parfaitement malheureux. je me demande aussi comment ces linéaires de l'humeur, ces heureux de façades font pour affronter aussi légèrement et donc si fortement les aléas de nos vies de pacotille.

    Epamin > ah oui l'ordimini, je me souviens. Je crois bien en avoir eu un d'ailleurs ou bien est-ce un faux souvenir, je ne sais plus.
    On atteint donc la sagesse par ce chemin ?

    Sylvie > Mathieu K. me semblait plus insouciant que moi. Remarque, je sais bien l'être quand je veux.
    Tu aurais pu écrire autre chose ?

    Aniloise > lucide ou pas. Elle peut être bienfaitrice comme des plus viles.

    THK > oui, je suis d'accord. écrire construit le propos, permet aussi de le mettre en exergue et au final, le relativise par la nuance.


    oui Sylvie et Epamin' : changement de décor. Il me semble plus sobre et surtout il a une zone de commentaires plus jolie. Après tout, c'est surtout là que ça se passe.
    Puis, tu verras Epamin' - Sylvie est plus habituée - ça change souvent dans mes espaces : les couleurs, les phrases, les humeurs...



    j'en brasse et des conséquentes !
    :)

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  12. Je me suis permise de passer :)
    pas déçue de m'etre arrêtée.

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  13. se poser des bonnes questions...celles qui tuent les insouciants ....mais celles qui permettent de se trouver vraiment....ça fait mal mais est-ce du mazochisme ?..non car c'est de l'ordre du personnel, il n'y a pas d'attaque à l'autre, mais il y a introspection en soi.....je crois que c'est une manière de ne pas tout accepter sans rien dire....enfin c'est clair que gamberger peut être remplacé par réver au bord du monde, d'un lac, d'un coucher de lune , d'une feuille envolée ....what else
    floducaî

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  14. j'aime comme ça, le noir sobre et tout ..

    :-)

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  15. Auto-analyse, façon Alain Decaux...Mr arf a des expressions qui confinent au génie, sachant que nos connaissances n'avancent réellement que lorsqu'on fait des rapprochements a priori étranges. Là je dis, chapeau bas !

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  16. Jeanna > tu es toujours la bienvenue ici.

    Flo > Oui, tu as raison, je ne rêve plus assez ces derniers temps.

    Manue > wè... j'sais plus. je vais peut être changer aujourd'hui. :-/

    Snake > avec le 'sieur Snake, je ne sais jamais si c'est de l'art ou du cochon moqueur.


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    hello les gens qui passent ici pendant que j'exécute avec entrain relatif ma dernière journée avant mes vacances absolues.

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  17. Se rencontrer peut mal finir. Pense à Narcisse qui n'a vu que son reflet et imagine s'il s'était vraiment rencontré. En fait, peut-être aurait-il été plus heureux...

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  18. "je percevais le regard des autres comme si s'était le mien"... cette phrase m'a laissé perplexe (c'est peut être en pensant à ça que j'ai dit que j'aurais pu écrire autre chose)... se voir d'en haut ou en voix-off... il y a en toi une adéquation aux autres et une recherche de toi. Je dirais que je fais la même chose mais dans le sens contraire: je percevais le regard des autres comme n'étant pas le mien et j'ai une voix-in bien souvent out... qui commence à peine à parler.
    bisous

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  19. Ferocias > Voir son reflet, c'est déjà pas mal. A défaut, d'Icare, je veux bien être Narcisse.

    Sylvie > je vois, je vois... allez y continuer, je vous écoute. Une voix in qui est out mis qui commence à sortir du In pour percevoir le Out. Intéressant, intéressant.
    nan, je plaisante, c'est drôlement bien tourné en tout cas.

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  20. comme chez sylvie :
    pas lu ( because voilà )
    mais content de te revoir ...
    PATATE !

    -O)

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