Veux tu ?

Elle était menue. Brune, cheveux courts, son visage en permanence halé affichait un sourire enjôleur. Je l’avais rencontré l’année précédente en quatrième B. Michelle avait de grands et beaux yeux noirs ronds comme des boules de flipper. Quand elle me regardait, j’avais une impression bizarre. Mes yeux vacillaient. Mes jambes chancelaient et ma langue devenait pâteuse. J’étais soudain pris de panique tant son regard posé sur moi me troublait. J’esquivais la pression et me rapprochait de copains bien mâles pour retrouver une contenance acceptable. Elle souriait et s’éloignait sans dire mot.
Je rentrais le soir de l’école et dans ma chambre, la vision nocturne de son allure m’obsédait. Je refaisais lentement le cours de la journée m’attardant sur les instants passés auprès d’elle. Je me voyais tel un chevalier au grand cœur lui faire des avances habiles et élégantes. Je me ravisais rapidement au vu de l’état pitoyable dans lequel elle me plongeait. Je décidais toutefois que mon malaise persistant devait cesser. Je devais faire preuve d’un peu plus d’assurance.
Ce jour là, nous devions passer le brevet blanc des collèges. Nous étions tous regroupés dans la cour principale en attente de l’appel pour entrer dans les salles. C’était le début du printemps, il faisait doux et beau. Comme à l’accoutumée, elle était radieuse. Elle portait un léger t-shirt sans manches blanc assorti d’un jean « neige » serré. Elle était tout simplement belle. J’avais choisi cette matinée pour me lancer. Pour l’occasion, je n’avais pas hésiter à sortir mes mocassins noirs à glands pendouillant. J’avais d’ailleurs dû recoller l’un d’entre eux qui avait osé me fausser compagnie un tel jour. J'avais revêtu une chemise blanche du plus bel effet et un pantalon gris à pinces qui, trouvais-je, me seyait bien.
Tandis que la sonnerie retentissait et profitant de la cohue, je m’approchai d’elle et dans l’escalier principal, je saisissais sa main. Effronté garnement, j’avais senti mon cœur battre la chamade et j’avais cru un instant m’effondrer sur les marches. Elle pivota alors vers moi m’embarquant dans le recoin du premier palier. Blottis l’un contre l’autre, je lui susurrai la question consacrée : « Veux-tu sortir avec moi ? ». Mon souffle coupé, j’attendais la réponse. Farouche beauté, elle m’embrassait déjà.