La foire

image Je devais avoir six ou sept ans. Ils envahissaient deux fois par an la place principale du village. Nous l'appelions la « promenade ». C’était tout autour de cette place normalement dévolue à la flânerie, que manèges, stands de tirs, auto-scooters et autres vendeurs de friandises prenaient place dans un cercle presque parfait. Au centre, l’espace bordé de platanes centenaires restait libre pour que les aficionados de la pétanque s’adonnent à leurs passions apéritives.

Ma mère me donnait vingt francs le samedi matin et il fallait que je fasse avec jusqu’au dimanche soir. Deux francs la place d’auto-scooter, un franc cinquante la pêche aux canards, j’avais toutefois suffisamment d’argent pour passer de bons moments. Elle me laissait rarement agir à ma guise. Elle était toujours à proximité, me surveillant du coin de l’œil. Elle s’asseyait sur un banc avec ses amies. Elle bavardait de futilités sur le temps qui passe, qui réchauffe ou qui refroidit suivant si nous étions à la foire du printemps ou à celle d’automne.

Elle me prenait parfois la main et déambulait avec moi dans les allées bruyantes où les forains attisaient le chaland. Le gérant du stand de tir braillait vainement. J’étais toujours surpris que ma mère ne cède pas à ses avances puisque, il l’annonçait haut et fort, nous devions gagner à chaque coup. Les odeurs de pommes d’amour et de « barbapapa » délicieusement sucrées chatouillaient nos narines, faisaient saliver nos papilles et me creusaient le ventre. Elle cédait alors à ma tentation et le nuage léger de saccharose finissait toujours par me grimer le nez.

C’était doux et généreux. J’étais fier d’être au bras de maman dans la file d’attente permettant d’accéder au tirage dominical de la tombola. Là, nous attendions notre tour pour gagner le filet garni de victuailles : jambon ibérique, cassoulet de Castelnaudary et autres conserves goûteuses de qualité. Les photographes se postaient non loin de cet attroupement, à l’affût de la photo souvenir qu’ils allaient vendre à un prix outrancier. Aussi fière que moi, elle laissait volontiers le plus charmant d’entre eux nous fixer pour la postérité.

Je reste toujours enchanté de ces instants passés avec elle qui habituellement d’affection ne débordait pas. Nous semblions proches et unis. Tout en gardant la maîtrise de ses émotions, elle était « au petit soin » avec moi. Pas festive mais bienveillante, elle paraissait satisfaite de ses actes. Ces quelques signes de tendresse affichés aux yeux de tous me comblaient d’un bonheur éphémère Je rangeais alors ces moments dans ma boîte à souvenirs dans l’attente de la prochaine venue des gens du voyage.

11 commentaires:

  1. je n'ai jamais trop aimé ça. mais les gouts et les couleurs...
    et puis c'est bien écrit! et puis il reste la douce proximité avec la mère, qui est universelle je crois.
    a+

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  2. ah Philippe moi, j'adorais ça. J'aime toujours d'ailleurs. Puis, merci pour le Brel en bonne place sous la foire. :)

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  3. dans le bled où mes parents habitent ...
    c'est la distraction du moment !

    quatre fois par an ...
    c'est fiesta tout ça tout ça !

    hmmm hmmm

    -O)

    wé, brel ...
    c'est toujours un bon plan

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  4. tu as saisi quelque chose de l'air du temps et des jours de fête où la futilité est douce, fait du bien, rend heureux. J'aimerais qu'un jour tu nous dises pourquoi tu as choisi ce mot rare de futilité, quelle attitude essentielle tu y vois. En tout cas, c'est ce que tu en donnes à lire et que j'aime beaucoup retrouver sous ta plume, la dimension essentielle de ce qui est futile. Comme ces jours de fête si vite passés, répétés quelques fois, et inscrits en nous.

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  5. Mr M > ben oui, ça tombe un peu en désuétude mais moi j'aime bien. :)

    Yza > L'attitude essentielle de la futilité est qu'on y trouve avec le recul un tas d'intériorités, de profondeurs insoupçonnées. vala!

    --
    Ici c'est déjà la nuit. Bonne à vous !
    --

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  6. Ça va pas non ?
    Schizo-truc toi même !
    Aller... J'te griffe le gros orteil.
    Sale gosse !

    Dis, t'as pas une autre photo de toi petit ?
    Je crois que je l'ai déjà vue celle-là.
    Smouiksss

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  8. ba si vous supprimez les messages c'est pas marrant ...enfin, j'dis ça, j'dis rien....

    vàlà juste une passage futile et un gros bisou versant sud

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  9. trés bon ce titre de Brel, connaissais pas

    que de souvenirs la foire, mais alors les petites comme celle que tu nous racontes, parce que les grandes j'ai du mal

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  10. Cat > ben figure-toi que je n'ai pas d'autres photos de p'tit n'arf ! étrange d'ailleurs. ;)

    Mr M > yep delete-man ! :)

    floducai > moi je supprime rien ici. enfin, si des fois. un bisou vers là bas loinG :)

    Gaël > moi non plus, je la connaissais pas. C'est Philippe qui me l'a collé sur facebook. Oui, les petites comme toi. :)

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    hello les gens. y a de l'orage dans l'air ici. je parle de la météo hein?. Le reste est au bÔ fixe ! j'en brasse :)
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