Autant en emporte le flux

image Ils ne se connaissent pas et pourtant ils sont inséparables. Par delà le temps et outre-rêve, ils se sont rejoints dans un espace impalpable, immatériel, froid et distant. Mais c’est bien dans cet intervalle irréel que la chaleur va les étreindre. Le jeu d’un jour va devenir leur réalité. Les yeux rivés sur l’écran, les doigts légers sur le clavier et les clics doucereux, ils vont braver les liens vers un amour authentique empli de libertés et de doux rêves. Leur vie pour un chassé croisé de mots digitaux. Autant en emporte le flux.

Alvin et Cassandre font partie de la génération hyper connectée. Celle de la première heure. Aux babillement de l’internet, ils se sont retrouvés aux abords de forums foisonnants aux accents marqués de la rencontre mais aussi, aux stigmates du manque et de l’exil affectif. Au sein de ces supermarchés de l’avatar, les échanges ont jailli de toute part. Le masque de l’anonymat a débridé leurs mots, décuplé leurs élans amoureux en déroulé exhaustif de leur solitude béante. Les réparties de l’un, de l’autre, de lui vers elle, d’elle vers lui ont fini par franchir l’écran pour venir mettre à défaut leur isolement. Alvin, le web-Casanova à la souris tactile. Cassandre, la net-dreameuse au grand cœur pixélisé. Tous deux roi et reine de leur monde virtuel et vertueux.

Leur histoire ne se voulait qu’un jeu. Celui de la distraction affirmée de leur ego respectif. Puis la séduction inévitable les a surpris. Pas une nuit sans Cassandre pour animer les rêves digitaux d’Alvin. Pas une heure de répit pour la belle sans que son chéri numérique ne la titille d’un mot doux. Le flux les a amenés vers un ailleurs onirique et enveloppés dans une sphère de plaisir. Seuls au monde dans cette grande manne mondiale, ils ont vécu les plus beaux jours de leur vie virtuelle. Cassandre et Alvin sont rapidement devenus les tourtereaux du web, le couple dont tout le monde suit les hyperboles sur la toile. Jusqu’au jour où la réalité va les rejoindre…

Court extrait de la nouvelle que je vais soumettre à l’équipe de Numerik:)ivres, maison d’édition numérique qui va publier, à partir du mois de mars, des contenus littéraires inédits en format numérique, optimisés pour la lecture sur iPhone et lecteurs de livres électroniques.