L’armoire métallique

image [ Entre la cave et le salon ] La cave. Le salon. Le silence. Maman suivait toujours la sortie traditionnelle de papa en levant les yeux au ciel. Entre deux œillades appelant le divin à lui expliquer de tels agissements dédaigneux, elle me regardait avec insistance dans le secret espoir que je cautionne son agacement. Je faisais mine de ne rien voir. Je lui tournais le dos et m’avachissais sur la table du salon avec hâte qu’elle déguerpisse.

La cheminée ne flambait plus. Les publicités criardes s’enchaînaient à grand renfort de slogans consternants. Pour chacune d’elle, elle soulignait sa contrariété d’un nouveau grognement d’indignation. A la fin de chaque spot, j’aurais voulu un geste, un mot, une discussion. Mais j’avais fini par ne plus y croire. Tout juste, espérais-je qu’elle se lève de son fauteuil pour me dégager de son humeur pesante et ainsi me laisser libre de tous agissements.

La tirade publicitaire se terminait. D’un appui lourd de ses mains sur les accoudoirs, elle soulevait son corps avachi et repus d’anxiété. Elle décidait enfin de sortir de sa torpeur pour parfaire son fiel dans le creux de son lit. Enfin seul. Je restais un instant à l’écoute de la maison, guettant ses pas feutrés dans l’escalier qui la menait à sa chambre, Quelques crépitements de braises. Un claquement de porte. Je baissais le son de la télévision pour m’assurer que la maison fut bien endormie.

La cave. Je remontais légèrement le volume du poste pour masquer mon déplacement et feindre ma présence dans la salon. La porte franchie, je me retrouvais dans le couloir plongé dans le noir absolu. Je restais quelques secondes suspendues à scruter l’espace comme un cambrioleur, mes oreilles et tous mes sens à l’affût du moindre bruissement. Aucun son incongru, aucune lumière ou déplacement inopiné ne pouvait m’échapper. Mon cœur accélérait sa cadence, mes tempes bourdonnaient. Je m’apprêtais à braver l’interdit. J’entrais dans la cave.

A gauche, un vieux buffet dont papa avait escamoté la partie haute. Posée sur le bahut, une armoire métallique plus haute que large. Sur sa porte, un vieux miroir piqué et voilé reflétait mon visage de façon convexe. Ma tête s’élançait brusquement vers le haut et me donnait l’impression d’avoir l’occiput déformé. Je souriais et assortissais cette image de grimaces malicieuses. Passé ce jeu espiègle, je m’apprêtais à ouvrir l’armoire des secrets de papa.

La clé du coffre inviolable était dissimulée dans le premier tiroir du meuble porteur. Je la trouvais toujours enveloppée dans un vieux chiffon au milieu de ciseaux rouillés. J’avais découvert depuis longtemps la cachette à force de furetages soutenus. Chaque fois, cet instant m’emplissait d’excitation et de crainte. J’ouvrais l’armoire curieux des nouvelles découvertes que j’allais faire.

A suivre.

13 commentaires:

  1. À la hauteur du précédent, mais le regard de Je s'est fait plus impitoyable. C'est bon pour le récit en tout cas. :-))

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  2. Le coucou > Ce "je" me dépasse parfois. merci. :)

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  3. Ca sent le "Play-Boy " à plein nez!:)

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  4. Et bien pour quelqu'un qui était fatigué, c'est drôlement bien réussi.. Tout y est, l'ambiance, la tension pesante du silence, l'agacement très bien rendu..
    L'envie de lire la suite très vite... :)

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  5. ben oui ça s'arrette toujours au moment crucial grrrrrrrrrrr
    allez , je mise sur : " des vieilles tofs et une lettre d'amour" bien enfouie dans l'armoire de métal....ou bien une bouteille de schnaps 20 ans d'âge.....ou bien quoi alors

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  6. Desiderata > mais non, les "playboy" étaient en libre service sous son matelas. enfin, voyons... :)

    Philippe > oui !

    Elle > Merci. :)

    Floducaï > play again ! tu y es presque et bonne année à toi loin là bas ! :)

    Anna > j'avais mis "fouillages intensifs" avant ! :)

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  7. mais quel suspense ! je sens que cette armoire métallique va devenir 1 personnage-clé dans la suite de l'histoire.. ;-)
    vite, la suite !!!

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  8. Les parents ont eu une télé très tard, j'ai échappé à beaucoup de choses étant jeune...

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  9. Au pif : L'anonyme, c'est Snake ?!.. :)

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  10. Babel > Son contenu plutôt ! même s'il n'est pas étonnant en soi, c'est effectivement le sujet de la suite. :)

    Snake > oui, Châteauvallon n'a pas laissé un souvenir impérissable. Par contre, l'idylle de Chantal Nobel avec Sacha Distel et leur accident quel grand événement ! :)

    Elle > Bien vu ! Ses commentaires sont inimitables ! :)

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  11. Bon alors? Tu nous lis ou tu nous lies là?

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