De rien, je fais des souvenirs

De rien, je fais des souvenirs. Me voilà face à un étrange tumulte cérébral qui ébranle, paraît-il, tout bon quadra qui se respecte. Voilà quelques mois, quelques années peut-être, que je fouille mon passé tel l’archéologue à la recherche des vestiges de ses souvenirs.

Et je me retrouve ici sur ma terre de fouille, les bras ballants, planté devant quelques chroniques imparfaites. Emiettées dans des bribes de mots tempérés et troublés par un présent inquisiteur, elles demeurent vagues et incomplètes comme si l’affection qui devait les unir n’existait pas. Finalement, je ne sais qu’en faire. Je tourne en rond, focalise sur des anecdotes trop ordinaires pour en développer le sens avec le secret espoir d’y trouver une substantifique moelle. Mais je ne fais que détourner la forme en me dupant sur la pertinence ou la corrélation psychique qu’elles devraient contenir.

Fut-il ? Certainement. De ce passé voilé, je ne peux me désunir du savoir comme du comprendre. Au travers du petit garçon puis du jeune freluquet jusqu’à l’adulte révélé, je tente une trame assemblée de liens vigoureux qui donnerait in fine une trace lisible au cheminement de ma vie. Puis, je m’arrête. Esthète en turpitudes, je m’encourage à cesser tergiversations et sollicitudes excessives sur un passé révolu, mort, vide, inextinguible.

Aujourd’hui c’est comme ça. Demain, de tout, je ferai des futurs.

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