La machine

image Je vais la quitter. Quatre ans que je vis avec elle tous les jours. Quatre ans que je vais la voir tous les matins, que je me lève pour elle, que je prends ma voiture, parcours quatre-vingts kilomètres pour aller la rejoindre et retourner chez moi le soir venu. Je lui ai donné mon savoir, mon expérience, mon travail, beaucoup de mon temps. Songez donc, j’ai passé avec elle durant ces quatre ans près du quart de ma vie. Soit uniquement pour elle, pour sa pérennité, une année entière de labeur dévoué.

Bien sûr, elle m’a donné en retour. De quoi vivre, me socialiser, me prendre en charge, payer mes factures, me nourrir. Un juste retour qui a noué une relation. Une relation étrange d’un homme, un travailleur avec une entité générique et mal identifiée qui exige de nous le meilleur pour le bien d’autrui et accessoirement l’enrichissement de quelques-uns. C’est la règle, c’est ainsi, on donne de soi pour une cause économique juste, pour que le moteur de notre existence, celui qui nous permet de consommer, continue de tourner.

Et puis un jour, tout cela s’arrête. Un gravillon bloque l’engrenage. La machine est grippée. Alors, les personnes qui mènent, dictent et gouvernent tentent de nettoyer les rouages. Ils cherchent avec détermination la cause de l’enrayement de la séquence qui permet de satisfaire l’échange du travail par la récompense. Ils graissent encore et encore la machine par des artifices virtuels, de la monnaie fraîche mais impalpable, des plans sur la comète qui retombent en nuée d’étoiles éteintes. Puis arrive le moment où la réalité rattrape l’espérance, il faut alors se rendre à l’évidence, la machine a trop d’engrenages. A défaut d’avoir pu fluidifier le grand tout, il faut liquider et retrouver l’équilibre des mouvements. La vigueur du moteur d’antan n’est plus et après avoir graisser pour éliminer toute aspérité, vient le temps de dégraisser, de supprimer les maillons d’une mécanique trop complexe pour que la machine continue de fonctionner.

La machine, mon entreprise, je vais la quitter lundi, sans regret mais avec amertume sur le système. Moi, le maillon de trop pour qui consommer n’a jamais été un moteur de l’existence.

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20 commentaires:

  1. Ah c'est marrant ! Parce que je pourrais, potentiellement, écrire ça, mot pour mot, mais pas encore... :) Bon courage dans... autre chose.

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  2. Ah bon toi aussi, ben merde... Bienvenue au club alors ! :)

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  3. "potentiellement", mais pas encore ! A voir ! Mais c'est un peu comme un univers parallèle: si cette semaine je l'avais fait, je me reconnaitrais mot pour mot là dedans. ;) C'est un peu comme si tu l'avais fait à ma place.

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  4. Écoute, je te le garde au chaud, si besoin et j'espère que non, tu copies/colles.

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  5. Une rupture unilatérale.
    Te souhaite du mieux et du plus riche (en tout).

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  6. Heu... j'ai un truc pour toi.... Je t'ai croisé ce matin dans les escaliers du marché à Lausanne.
    Si-si !
    Non-non, je n'ai pas fumé !
    Je t'envoie ça par mail.
    Je te réserve l'exclu. ;o)

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  7. Parfois.... je dis bien parfois.... c'est un coup de pied au c** qui permet des horizons auxquels nous n'aurions même pas songé... pris dans le ronron quotidien de nos vies.....

    Tu vas en sortir plus fort.... j'en suis sûre....
    Smouicks ARF.

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  8. Carhi a raison. Un Maillon de trop, n'est pas pour autant un maillon faible.

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  9. Pfffiou... J'ai fait court cette fois! ;-)

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  10. Encre > Excellent les arf-arf-arf-arf dans les rues de Lausanne ! :)

    Carhi > oui, ça oblige à ... Tu as raison. :)

    Desi > Court mais efficace ! :) Une pensée émue pour Laurence Boccolini ;-)

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  11. t'as raison de quitter cette machine infernale.. on n'est pas des robots qd même !!
    alors bonne chance au maillon libre..

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  12. La machine ne mérite même pas une pensée. Pas un regret. Pas l'ombre de l'ombre d'un regret. Qu'elle aille se faire foutre.

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  13. Babel > non, je ne suis plus un numéro, je suis un homme liiibreuhhh ! :)

    Francesco > Hasta siempre comandante Revolucion !

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  14. Bonjour, très bien vu, j'aime beaucoup !

    Pendant quarante ans, entre autres mécanismes, j'ai étudié et calculé de nombreux engrenages...vivement la transmission laser, sans chaîne, cardan ni pignon !

    A+ Jean-Claude

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  15. Cortisone > ... l'égalité et la choucroute ! :)

    JCP > Bonjour et bienvenue ici. Je crains que ça ne soit pas que la technologie qui soit en jeu ici.

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  16. merde à la machine
    fuck
    un bon coup de masse
    la broyer avant qu'elle nous broie...

    enfin je rêve...

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  17. Quelle hargne, Mu ! Oui, c'est de l'ordre du rêve, je crains qu'il faille qu'on fasse avec.

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  18. C'est le problème, l'entreprise nous paye et nous attache comme un toutou. Et le jour où elle coupe la corde pour nous bazarder, on est surpris.

    SNAKE

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  19. Oui, Snake, une sorte d'esclavage moderne. Il y a bien l'option d'être son propre patron, entreprise personnelle, auto-entrepreneur mais je reste dubitatif car je ne connais pas beaucoup de gens qui réussissent à gagner leur vie correctement avec ce modèle.

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