Quatre mots dans le bois de Jade

image

Invité par l’ami Samir dans son atelier d’écriture du bois de Jade, j’ai répondu à son jeu des quatre mots dont voici la règle :

Le 4 mots est simple, il suffit de commencer un texte court par le premier mot (un article à la limite devant) et de placer les 3 autres dans les phrases qui suivent. Pas forcément dans l'ordre.

Les groupes de mots sont les suivants :

  1. Abréger, célébrer, sidérer, lacérer (la serrer ?)
  2. Babyfoot, bypass, bluejean, week-end
  3. Osso bucco, niocmam, torero, nénuphar.

Ci-dessous ma participation que vous pouvez retrouver avec les autres (pour l’instant je suis le premier) sur le blog de l’atelier :

  1. « Abrégez ! » avait-il crié, vindicatif. Voilà qu’il fallait tout à coup que je me censure. Que je ne célèbre plus ma logorrhée, que je la circonscrive à son plus simple énoncé. « Brève, concise, laconique, éthérée, sans artifice ! » répétait-il. En somme, il me demandait de lacérer mon écriture, de l’écarteler du dedans, de l’amputer de l’adverbe, de la rogner du complément, de la désincarner de son objet. Tout ça, rien que ça, et pourquoi ? Pour qu’elle soit lue ! J’étais sidéré.

  2. Babyboot, c’est avec ce sobriquet ridicule que tout le monde appelait ce garçon attachant. Il jouait sans cesse, toute la journée, avec les petits bonhommes de plomb articulés. Au bout des barres qu’il tirait et repoussait avec véhémence, s’alignait l’équipe parfaite et babyfoot donnait à ces répliques rouges ou bleues l’adresse des Dieux, la magnificence des grands, des vrais, ceux dont il rêvait d’être. On apercevait son jeu, son adresse lorsque pris dans l’action, il frottait nerveusement les cuisses de son bluejean pour éponger la sueur maligne qui faisait glisser la poignée de ses mains. Ses mains si adroites alors qu’il aurait voulu jouer du pied, crocheter, dribler, jongler et marquer des buts, de véritables buts, pas des points marqués avec une balle en liège dans une cage de fer. Mais Babyfoot n’a jamais pu fouler les stades, handicapé depuis ce dramatique week-end de septembre où il perdit l’usage de sa jambe droite. Sanglant accident de la route où malgré l’intervention rapide des secours et la pause d’un by-pass pour irriguer son corps, son rêve d’enfant s’envola à jamais pour se réincarner en miniature.

  3. Osso-buco ou niocnam. Pedro hésitait devant la carte de ce restaurant particulier, si particulier qu’il avait comme spécialité de proposer justement TOUTES les spécialités de TOUS les pays du monde. Grill du torero ou paella Sévillane. Etonné par la formule – comment pouvait-on savoir cuisiner et proposer autant de plats différents - il avait invité Nina à découvrir l’établissement. Tous deux attablés dans une salle vide, l’épais menu sur les jambes, ils restaient absents et dubitatifs. Rouleaux de printemps dans son nénuphar ou bouillabaisse à la Provençale. Cuisses de grenouilles persillées ou encornets farcis à l’Armoricaine. Il était impossible de consulter tous les mets proposés, de se faire une idée, une envie, trop de recettes différentes, d’accompagnement divers, de plats inconnus pour décider d’une commande pertinente. Le couple ahuri se regardait bouches excitées entre deux choix impossibles, puis ils tournaient de nouveau les pages de ce qui ressemblait plus à un dictionnaire culinaire qu’à une carte de restaurant.
    Soudain, Pedro sentit une odeur de poisson frais lui parvenir dans les narines, une moiteur incommodante sur le cou, les joues puis sur tout le visage. Il ouvrit un œil, puis l’autre. Il était cinq heures de l’après midi, un samedi d’été sur son transat, Pedro, cent-dix kilos à la dernière pesée, s’était endormi. « Chéri, je sors ! Je vais acheter des yaourts allégés pour ton régime. » lui lança Nina depuis la cuisine.

7 commentaires:

  1. clap, clap, clap et puis clap, clap, clap

    RépondreSupprimer
  2. Le 2 me rappelle un copain d'école, gestes vrais que cet essuiement de la sueur.
    LE 3 me plaît énormément, c'est une très très belle idée. Sauf la fin, que je n'ai pas du tout comprise à la première lecture ! Pourquoi Nina est-elle à la cuisine me suis-je dit ? Alors qu'elle était en face de lui en train de choisir dans la carte ! J'ai cru qu'ils avaient passé des heures à choisir. Puis j'ai relu plus attentivement et j'ai compris. Tu m'avais mis l'eau à la bouche avec cette carte de monde entier et que le réveil du rêve m'a ramené à quelque chose de moins excitant. ça me semble pouvoir être un bon début d'histoire. Le couple. La carte avec tous les choix de monde.

    RépondreSupprimer
  3. C'est amusant, j'ai proposé quelque chose de similaire dans mon dernier billet. Et si vous veniez y apporter votre participation, Arf ?

    RépondreSupprimer
  4. brigetoun > merci, merci, merci et merci, merci, merci

    Gilles > Oui, tu as raison, en me relisant, le passage vers le rêve est pas évident. J'ai voulu éviter de le mentionner textuellement et du coup c'est raté et accentué par la confusion sur la cuisine (du restau ou de la maison). Merci.

    Frédérique > J'ai lu votre dernier billet pourtant. Vais voir.

    RépondreSupprimer
  5. clap, clap, clap et puis clap, clap !
    je m'y essayerais bien, j'adore ça, pour être honnête :-)

    RépondreSupprimer
  6. ben vas-y Cortisone te gêne pas, c'est aussi fait pour circuler ! :)

    RépondreSupprimer
  7. Je viens de manger un osso bucco avec un torero, la vie est pleine de coïncidences !

    SNAKE

    RépondreSupprimer