Un bruit immuable

Jeux d'enfants - http://sportiello.artblog.fr/347559/Jeux-d-enfants/ C’est la récré et le bruit d’abord sourd comme un grondement de tonnerre explose rapidement, avant même que la sonnerie stridente ne cesse de retentir.

Matin, midi et soir toujours le même bruit.

Des cris acérés d’enfants comme autant d’exhortations à la liberté se mélangent à la cadence rapide des pas qui foulent l’escalier. Les cartables cognent les rampes en fer et se fripent sur les murs des coursives. Les disputes grondent à chaque étage emportant les faibles bousculés dans des colères éphémères tandis que les gouailleurs filent sans les regarder. Les plus intrépides sautent quatre marches d’une seule enjambée et les rebonds des baskets frappant le palier résonnent comme les percussions de la parade.

Toujours les mêmes sons des plus vifs ou plus doux, une gamme complète, identique, quelle que soit la cour d’école.

Et puis le désordre ronflant déborde en grande coulée. Il envahit le préau, se faufile entre les poteaux, se cogne aux voûtes, s’arrondit et lâche son écho qui remonte l’escalier titiller les oreilles des professeurs restés en classe. Il se propage et continue sa course dans la cour où il se divise dans chaque recoin en petits cercles malicieux.

Les aiguës filent prés des toilettes et les portes qui claquent, puis les chasses d’eau qui soufflent viennent couvrir pour un temps le piaffement pointu des filles. Les graves, qui n’en sont pas encore, muent vers le terrain de jeu et les coups de pieds dans les ballons oubliés rejoignent la chorale criarde des mauvais garçons. Dans l’éparpillement, une partition élastique s’échappe de l’enceinte et se verse en traînée gazouillante dans les rues adjacentes. Les oiseaux apeurés sont délogés du creux des platanes de la cour et rejoignent le cortège ajoutant leur pépiement à la gamme fuyante.

Et les passants, les voisins de profiter alors du meilleur du bruit ainsi élimé, passé au crible de l’espace et de la distance. Ils n’en recueillent que le nectar, un seul babillage enveloppé de la nostalgie de l’enfance, le même toujours le même, immuable mélopée du bruit exquis des enfants dans la vie.

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