La lumière brûle

La lumière brûle La lumière brûle et c’est mal. Entendez par-là qu’elle ne brûle pas l’épiderme, pas plus qu’elle ne provoque d’incendie. La lumière brûle, seule, sans danger puisque captive dans une ampoule à incandescence mais son filament se consume lentement, donc brûle. Et par cette expression, il me signifie la consommation électrique provoquée par ce foyer de lumière. Si elle brûle longtemps, la consommation est excessive. Et c’est en cela que c’est mal.

« Bon sang ! Tu laisses toujours brûler la lumière ! » Celle du couloir, en bas. Il s’énerve, toujours, tout le temps, les ampoules qui crépitent sont son obsession. Je ne suis pas encore dans le couloir, je descends et il faut bien que je voie où je mets les pieds dans cet escalier aux marches noires. J’arrive au rez-de-chaussée. L’interrupteur est au bout du couloir, mais le salon vers où je me dirige, lui, est au milieu. Je tourne et oublie d’éteindre. Un bouton prés de la porte du salon aurait été plus commode. Avec le temps, un automatisme se serait créé : avant d’entrer, une pression sur l’interrupteur, machinal, efficace et finie la lumière qui brûle. Au premier étage, il s’agace, crie, peste et jure : « Putain, la lumière brûle encore ! » Je ressors et lui réponds, crispé. Oui, j’ai oublié, pardon. Je presse le bouton, au bout du couloir, retourne au salon et dans mon fauteuil jure à mon tour, mais dans ma barbe. Je me calme, il se calme. La lumière ne brûle plus. Je suis en paix.

Aujourd’hui, chez moi, aucun éclairage ne reste allumé dans une pièce inoccupée. Toujours, tout le temps, j’éteins après mon passage. Et quand je prie instamment mes enfants d’éteindre la lumière, j’ai une pensée émue, comme une petite décharge électrique qui brûle pour lui.

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16 commentaires:

  1. La source de chaleur doit venir de loin...

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  2. moi j'adore quand tout est allumé ... il est bien ce texte Arf.

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  3. Quand j'utilise un interrupteur, comme toi, des histoires d'antan s'allument ou s'éteignent...

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  4. Comme j'ai vu de la lumière je suis entré chez toi. Bravo pour cette très belle décharge poétique ! Et merci d'avoir pensé à allumer en mon absence la lumière dans mon entrée ;-) Les enfants auront moins peur du noir.

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  5. une écriture comme j'aime.

    bises
    S.

    (vers lequel je me dirige...)

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  6. Philippe > Voilà, toujours, éclaireur sans que vraiment je m'en aperçoive.
    co-errante > Merci.
    Morgan > D'aussi loin qu'on puisse imaginer, avant même que je n'existe.
    Kouki > Ah chez toi, c'est Versailles ! :)
    Epamin' > on/off, toujours, j'aime bien le courant alternatif.
    Homer > Merci.
    Christophe > Poétique ? non, c'est pas poétique... Et puis, oui, éclairons donc : allez lire et marquer les Kwakeries enfantines de Christophe !
    Sylvie > euh... tu te diriges où là ? Merci.

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  7. Je me souviens ...
    '76 -'78?? la campagne de chasse au Gaspi... avec un tit bonhomme tout moche, qui se nourrissait de nos inconséquents oublis..
    Je me souviens surtout, comme toi, de voix d'adultes, râlant après cette lumière.. une grand'tante, qui ne concevait pas de brûler la précieuse énergie, et chez laquelle nous lisions, cachés sous les covertures, au halo de nos lampes de poche ... jusqu'à "se brûler les yeux", disait-elle..
    voyage dans le temps, Mister'Arf.. merci de ta plume.

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  8. J'ai un faible pour le second paragraphe.

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  9. De tous tes textes, du moins de tous ceux que j'ai eu le temps de lire, celui-ci allume mes larmes... Sans doute parce que j'ai eu cette chance d'ententre un jour ma toute petite fille dire à mon père: "C'est pas du feu Papou! Mais si tu veux, je peux la "délumer" ta lumière!"

    Rôlala... Je suis toute compationnellement émue!

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  10. Comme AdS, j'aime beaucoup le deuxième paragraphe, quand ce ne sont plus le smots qui commandent mais la situation. D'ailleurs, y m' semble que le texte pourrait commencer là. Mais bon... j' dis ça...

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  11. manue > ah oui, la campagne style : on a pas de pétrole mais on a des idées. Me souviens pas de qu'on a en fit de ces idées. :)
    anna > tu as raison. C'est le plus important.
    des. > ah oui, delumer c'est pas mal ça. :) et puis, que dire : peut etre, que la lumière brûle encore, c'est bateau mais vrai.
    Francesco > c'est vrai. L'introduction est peut être de trop. J'ai un défaut majeur : faut que j'explique.

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  12. Oui mais expliquer c' est bien, c' est faire la lumière... Et après on entre dans l' intime, à lumière tamisée, et c' est ça qui est bien avec ton écriture...

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  13. J'ai tendance à laisser les lumières allumées, mais je me soigne.

    SNAKE

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