La lumière brûle

La lumière brûle La lumière brûle et c’est mal. Entendez par-là qu’elle ne brûle pas l’épiderme, pas plus qu’elle ne provoque d’incendie. La lumière brûle, seule, sans danger puisque captive dans une ampoule à incandescence mais son filament se consume lentement, donc brûle. Et par cette expression, il me signifie la consommation électrique provoquée par ce foyer de lumière. Si elle brûle longtemps, la consommation est excessive. Et c’est en cela que c’est mal.

« Bon sang ! Tu laisses toujours brûler la lumière ! » Celle du couloir, en bas. Il s’énerve, toujours, tout le temps, les ampoules qui crépitent sont son obsession. Je ne suis pas encore dans le couloir, je descends et il faut bien que je voie où je mets les pieds dans cet escalier aux marches noires. J’arrive au rez-de-chaussée. L’interrupteur est au bout du couloir, mais le salon vers où je me dirige, lui, est au milieu. Je tourne et oublie d’éteindre. Un bouton prés de la porte du salon aurait été plus commode. Avec le temps, un automatisme se serait créé : avant d’entrer, une pression sur l’interrupteur, machinal, efficace et finie la lumière qui brûle. Au premier étage, il s’agace, crie, peste et jure : « Putain, la lumière brûle encore ! » Je ressors et lui réponds, crispé. Oui, j’ai oublié, pardon. Je presse le bouton, au bout du couloir, retourne au salon et dans mon fauteuil jure à mon tour, mais dans ma barbe. Je me calme, il se calme. La lumière ne brûle plus. Je suis en paix.

Aujourd’hui, chez moi, aucun éclairage ne reste allumé dans une pièce inoccupée. Toujours, tout le temps, j’éteins après mon passage. Et quand je prie instamment mes enfants d’éteindre la lumière, j’ai une pensée émue, comme une petite décharge électrique qui brûle pour lui.

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