Tous en colo

image L’heure des vacances vient juste de sonner et déjà, vient le temps du départ en colonie. Il est étrange ce terme impérialiste, une colonie : invasion invariable d’écoliers changés en colons à l’assaut d’une plage méditerranéenne ou d’un bout de montagne vosgienne ; ou encore colonne d’enfants fourmis affublés de sacs lourds avec, pour mission, d’atteindre la grande fourmilière, lieu particulier de villégiature où ils déposeront leur camp deux mois durant.

D’abord le bus qui ronronne sur la place du village. Il est tôt, trop tôt pour un premier jour de vacances. Le chauffeur est sur le marche-pied et balaye la fourmilière avec désinvolture. Les moniteurs sont grands, beaux et déjà bronzés, on les reconnaît facilement, ils dépassent de la foule, montrent souvent du doigt et poussent des cris de ralliement. Les parents sont là aussi. Agglutinés sur le trottoir d’en face, déjà un peu loin, ils sourient nerveusement. Puis, sautent de mains en mains les valises qui sont jetées dans les soutes comme autant de maisons sur roulettes lâchées dans un grand trou noir. A l’intérieur de chaque sac, nos mères ont rassemblé le nécessaire vital, tongs, baskets, sandalettes mais aussi tee-shirts, liquettes, marqués à l’encolure de nos noms et prénoms, et shorts, maillots de bain pourvus de la même étiquette qui gratte le bas du dos. Enveloppés avec soin dans du papier aluminium, on y trouvera dés notre arrivée de petites gâteries, confiseries ou gâteaux qu’il faudra vite manger tant soit peu que la collation ait survécu à la chaleur des soutes. Il ne sera pas rare de découvrir un Mars gluant ou des Treets à la cacahuète rabougrie incrustés sur la belle et neuve chemisette blanche précieusement pliée pour ne pas qu’elle se froisse.

La colonne se forme, en rang par deux, l’appel de nos noms peut commencer. L’invasion du bus est proche, nous attendons anxieux l’annonce de nos patronymes. A chaque notification, un petit cœur bat et fissa, il faut monter haut la jambe pour franchir le marche-pied, passer le regard impassible du chauffeur désormais installé à son volant puis foncer droit dans le couloir pour accéder à la place convoitée. Les premiers courent vers les places arrières, la large banquette accueille les gros durs qui chanteront en grand chahut durant tout le trajet, les suivants se contentent des places intermédiaires tandis que les plus timides sont bien heureux d’obtenir les sièges avant, prés des accompagnateurs et des sacs à vomis. Quelques disputes éclatent sur les placements, Manon veut être à côté de Christophe, alors que ce dernier préfère être assis prés de Lola. La température monte, les esprits s’échauffent et le moniteur en chef, maestro à la liste pré-établie dans les mains, tranche et calme la colère éphémère des récalcitrants.

Voilà, nous sommes tous entrés, installés et prêts pour le départ. La porte à crémaillères se referme, son soufflet expire tandis que la climatisation souffle son premier air frais. Le sourire forcé et le cœur contrarié, nos mains lèchent le plexiglas pour saluer nos parents et envoient au travers quelques baisers soufflés. Un ou deux sanglots s'étranglent dans le brouhaha des rires nerveux et des regards perdus scrutent l’extérieur déjà trouble. Les moniteurs parcourent une dernière fois le couloir pour recompter la fourmilière embarquée. Le bus démarre lentement, presque sans bruit. En route pour la colo !

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16 commentaires:

  1. Sympas, les souvenirs que tu nous rends avec les tiens!
    «la large banquette accueille les gros durs qui chanteront en grand chahut durant tout le trajet»… Hum… Ils n'auront pas besoin des sacs à vomi? Parce que, à l'arrière, quand la route est sinueuse…

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  2. Et oui, Le coucou, c'est bien eux qui vomissaient le plus. En étalant le tout dans le couloir pour accéder au sacs. beurgh!

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  3. Ha ! la colo. Larmes au départ, larmes au retour. Et la boum du dernier soir, dernière chance pour une dernière pelle - ou ultime râteau...

    (les valises à roulettes, ici, elles feraient pas anachronisme ?)

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  4. "À chaque notification, un petit cœur bat et fissa, il faut monter haut la jambe pour franchir le marche-pied, passer le regard impassible du chauffeur désormais installé à son volant", j'aime la justesse de cette phrase.

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  5. je connais ça par cœur: j'en ai bouffé de 6 à 17 ans de la "coloniale".

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  6. Dedalus > Ah, tu crois ? C'est milieu des années 80 à la louche, les valises à roulettes n'existaient pas encore ?

    co-errante > Merci.

    Philippe > Aussi, jusqu'à 14. Puis au même endroit, en tant que mono de 18 à 20. :)

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  7. C'est drôle, je m'y suis imaginé.. en un instant. Plaisir nostalgique de moments d'enfance où l'angoisse du départ nous paraît si douce maintenant. Merci. )

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  8. Jamais voulu quitter ma maman pour partir en colo, il en était hors de question ! :)
    Ma première fois, c'était à 18 ans, fière d'avoir obtenu mon BAFA ... Mono de choc, dans une colo tenue par des soeurs Marie thérèse... Excellent !

    Bon camp à notre jolie Clara ... :)

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  9. Bien vu Arf tout y est ! J'y vais tout à l'heure, je vais tenter de ne pas sourire nerveusement !!

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  10. j'ai toujours voulu partir en colo avec mes petites copines, mes regrets reviennent... ;-)

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  11. Xavier > Oh, pas si douce, j'ai relu lundi dans le regard de ma fille le même mélange étrange d'angoisse et de bonheur.

    Colombine > Ben tu aurais dû, tu aurais fait aussi une bien jolie colon ! :)

    Kouki > Si, si, tu souriras nerveusement, c'est obligé ! :)

    Cortisone > Ah oui, c'était chouette les colonies, une fois que le départ était oublié.

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  12. Je l'ai fait ... j'ai même secoué la main à un bus aveugle 'tain !!

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  13. Tu vois kouki, te l'avais dit. Joli, le bus aveugle. :)

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  14. J'ai été moniteur. Je me souviens des voyages en train (dantesques). J'ai aussi rêvé avoir commenté ce billet. (C'est la fin docteur).

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  15. C'est Snake au dessus (si, si).

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  16. Ah ah ah, Snake en moniteur de colo, ça devait valoir son pesant de cacahuètes ! Avec Mooch' ?

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