Mes moires

Mes moires Se souvenir comme une absolue nécessité. Obligation que je m’impose, non par nostalgie du temps reclus mais pour que cesse l’amnésie des faits, pour que s’explique leur juxtaposition, leur existence même, leur justification dans l’éclosion d’anecdotes écrites qui légitiment ou parasitent. C’est de là que naît le désir de provoquer, de savoir, de comprendre mon rapport au passé, inachevé et trouble. Alors je puise dans un gouffre sans fonds, en sors des éclairs, des histoires d’apparence ingénue mais dont le souvenir, par l’acte d’écrire, alimente par segment ce que j’ai été, du moins ce que je crois avoir été et dans quelle émotion je me trouvais dans l’instant. Et je me souviens : d’une parole de mon père, d’un geste de ma mère, d’un silence d’enfant, d’un endroit oublié et focalise, reste dans le futile, le temps de l’écriture, et une fois exhortée, écrite puis publiée, l’anodine histoire sortie de mon nulle part me donne sens. Une portée de vérité apparaît alors : écrire du vrai, de la remembrance extraite d’une perforation qui a trouvé sa source.

Ainsi d’anecdotes en inanités, se tisse la vie d’avant, celle qui explique maintenant, le provoque par le parcours, et se trouve le point de bascule entre hier et aujourd’hui. De cet équilibre précaire, s’ébroue un jeu de miroir avec moi-même, flouté par l’envie de tenir l’histoire, de regarder les évènements d’un œil différent, trompé ou lucide, bon ou mauvais, sombre ou enjoué. Un miroir aux reflets changeants au fil des expériences, qui s’enrichit d’envies de fiction, qui s’oriente d’un regard neuf en mouvement sur un présent qui devient vite passé, amolli par une quête impossible ou rasséréné par un espoir jouissif de découvrir. Fut-il ou versa t’il dans la facilité ? Tenir ce point, osciller entre deux, versatile dans l’attitude, maquillé d’un vernis futile mais constant dans l’envie de fouiller cette matière inépuisable de l’être dans sa mémoire.

Texte publié initialement sur le blog de Michel Brosseau, à chat perché, dans le cadre des vases communicants du mois de septembre.

10 commentaires:

  1. J'avais beaucoup aimé ce texte et suis très heureux de le retrouver là. Jolie mise en perspective de ton travail.

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  2. moi aussi, je m'en souviens, surtout du passage "histoire sortie de mon nulle part me donne sens", beau pas de côté pour regarder d'où on vient où on va

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  3. Christophe > C'est vrai, ça pourrait former la définition de ce blog. Un peu maladroit encore, je trouve, à la relecture. Merci.

    Christine > De côté, en arrière puis zoom avant, en fait, plein de déplacements immobiles dans ce nulle part mien. ^^

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  4. Juste oscillation, capricieuse comme un alphabet en vrac

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  5. Où en êtes vous maintenant, Christophe ?

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  6. Des fouilles souvent passionnantes. Attention de ne pas s'y perdre toutefois :-)

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  7. Kouki > Ah j'aime bien l'alphabet en vrac là :)

    Frédérique > J'en suis que j'ai participé au module du DUAAE (animateur d'atelier d'écriture) et vais participer prochainement à des ateliers. ça chemine lentement après je verrai ce que j'en fais ou pas. Merci.

    J > Le danger c'est de s'y trouver aussi, peut être... :)

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  8. Tout un programme ciselé qui survient pour moi quand j'en connais déjà certains développements: les promesses sont tenues avec brio !

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  9. petite pièce d'horlogerie, ce texte là
    j'aime beaucoup
    :)

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