Autour du tracteur

image Se souvenir en un éclair de lui : un copain d’enfance, certainement le seul, le vrai dont je garde quelques bribes de mémoires du quotidien intactes et parsemées de refuges incongrus, d’occupations étranges mais aussi de bêtises et forfaits de notre âge.

Et de se rappeler de nos premiers interdits transgressés. Chez sa grand-mère, nous nous retrouvions dans le vaste garage où était entreposé tout un fatras de choses autour du tracteur Massey Ferguson : barriques de vin, comportes en bois pour les vendanges, charrue Brabant aux grandes lames métalliques, et au fond, suspendus sur des clous, bêches, faux, fossoirs, houes, serfouettes tapissaient le vieux mur de chaux. Avec ses multiples recoins, c’était un endroit idéal pour se cacher des adultes et perdus dans ce capharnaüm, nous pouvions jouer et imaginer. Rien n’était interdit.

Boire le vin rouge du papé et le recracher dans les comportes en jouant aux taste-vins.  Monter sur le tracteur, le démarrer, et tourner le volant avec force comme si nous parcourions des chemins tortueux pour atteindre les hauts coteaux. Jouer avec les outils tranchants à Fanfan la tulipe dans un film de capes et d’épée et croiser nos serpettes dans un combat épique. Se faufiler dans les travées en imaginant des parcours héroïques dans des cavernes dangereuses, sous la herse tranchante de la charrue. Imaginer une course poursuite à la Mannix entre les seaux et les comportes munis de nos pistolets à pétards qui claquaient dans le vide.

Le garage était notre plus grand terrain de jeu, mais aussi notre lieu de réflexion et de confession où nos petits secrets s’échangeaient dans le petit cellier au milieu des bouteilles à bouchons mécaniques. Nos amourettes, nos premières fois, nos peurs et nos écorchures d’enfants.

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